“Ne jamais se laisser abattre” – rencontre avec Gaïa Anastasio, créatrice des “Tatillones”

Rencontre avec Gaïa, créatrice de la marque de bijoux Les Tatillonnes

Les créations de Gaïa font partie de ces bijoux que j’ai toujours rêvé de faire. Son univers graphique, cohérent, homogène, reflet de sa précédente vie de graphiste, font la force de sa marque, Les Tatillonnes.

Elle est une jeune femme déterminée, pleine de pep’s et d’idées, fraîche et drôle. On aurait l’impression, vu comme ça, d’un parcours facile, évident.

Et pourtant, dans cet entrevue avec Gaïa, vous verrez que derrière des créations léchées, aux finitions parfaites se cache parfois une créatrice formée en autodidacte, parfois en proie aux aléas de la vie (et des fournisseurs), aux mains souvent sales mais au caractère fonceur.

Je vous laisse déguster cette rencontre avec la généreuse Gaïa 🙂

Comment t’es tu retrouvée à faire créatrice de bijoux ? C’était un rêve d’enfant, un heureux hasard ou encore une réorientation professionnelle ?

J’ai toujours aimé les activités manuelles ! Quand j’étais enfant je passais tous mes samedis dans un magasins de perles et je repartais chez moi avec mes précieuses acquisitions pour créer toutes sortes de bijoux, parfois c’était juste pour les contempler. Adolescente j’ai un peu perdue la flamme. J’ai ensuite fait des études de communication pour travailler en tant que consultante, mais je me suis très vite rendue compte que je préférais le coté créatif. Je suis donc devenue graphiste, et j’ai travaillé pendant 4 ans pour le média Konbini, puis pour l’agence de communication Uzik. En parallèle j’ai repris goût aux bijoux, j’étais entouré de collègues très inspirants qui avaient tous une passion à côté de leur boulot. J’ai crée ma première vraie collection en 2013, et en voyant l’engouement de mes proches et de mon entourage pour ma marque j’ai enchaîné les collections et j’en suis maintenant à la douzième ! J’ai décidé il y a deux ans de tout plaquer pour me vouer à plein temps à ma passion et en faire mon métier. C’était vraiment une très très bonne décision, je n’ai jamais été aussi professionnellement épanouie ! 


Comment t’es tu formée ? Autodidacte, école, formation ?

Je me suis formée en autodidacte. Je ne connais pas très bien la bijouterie traditionnelle. J’avais certaines idées, et j’ai essayé par tous les moyens de les réaliser. C’est pour cette raison que je me suis tournée vers de méthodes de fabrication plus innovantes, telle que la découpe laser. Tout en apprenant par moi-même des techniques plus classiques comme le polissage manuel ou la soudure. J’ai mis beaucoup de temps à acquérir ces connaissances. C’est pour cette raison que je pense qu’il est préférable de suivre une formation. Cependant avec un peu de motivation et de détermination tout est possible !                              


Ton métier, est-ce de l’amusement tous les jours ? Quelles ont été tes principales difficultés ? 

Je prends beaucoup de plaisir à exercer ce métier. J’adore créer les collections, le côté manuel, les shootings photos, alimenter mon compte instagram, préparer les ventes et les stands, être au contacte de mes clients. Mais il y a aussi l’administratif, la préparation des factures, les déclarations de chiffres d’affaires, le bilan, et beaucoup d’autres choses à faire qui ne sont pas ce que je préfère. Cependant être entrepreneur englobe tout cela et j’aime être à mon compte. Travailler pour moi, pour ma marque, ne pas avoir de patron, créer ce que je veux quand je veux. C’est une qualité de travail (et de vie aussi) sans équivoque. J’ai eu quelques embûches depuis que j’ai crée ma marque. J’ai souvent eu de gros retard de la part de mes prestataires, ou des très mauvaises surprises en ouvrant les colis (soudure catastrophiques, dorure mal réalisées, pièces aux mauvaises dimensions) de quoi faire des cauchemars pendant des semaines. Une année j’ai eu un gros problèmes de soudures (je sous-traite souvent cette étape). A vue d’œil elles étaient parfaites, mais j’ai eu de nombreux retours. En réalité la soudure n’avait pas bien pris, et les tiges ont toutes cédées (il y avait environ 200 pièces). Ça a été un coup dur mais j’ai décidé de rappeler l’ensemble des pièces auprès de mes clients et j’ai fait les échanges au fur et à mesure. J’ai beaucoup pleuré. Mais une fois que j’avais passé le cap j’ai pris les choses en main et j’ai géré cela d’une main de fer : NE JAMAIS SE LAISSER ABATTRE. 


Au bout de combien de temps as-tu considéré que ton entreprise “marchait” ? Et d’ailleurs, ça veut dire quoi pour toi une entreprise qui marche bien ?

Durant 5 ans j’ai concilié mon métier de graphiste et ma marque. Mais au bout de la 5ème année cela devenait très difficile de faire les deux. Je montais mes bijoux en rentrant chez moi le soir, et les weekend. Parfois même en douce la journée au boulot ! J’ai donc décidé de me lancer à plein temps dans ma marque, de tenter d’en faire mon métier. Et heureusement que j’ai pris cette décision car 2 mois avant d’arrêter mon job de graphiste j’ai fait un gros burn out. J’ai d’abord profité de mon chômage pendant 1 an pour essayer de rendre ma société pérenne. Et maintenant je me verse 800€ depuis 1 an et demi. Ce n’est pas encore l’idéal mais pour l’instant ma société tourne comme ça. Et c’est déjà une grande réussite pour moi ! 


Comment as-tu trouvé ta “signature”, ton “style” et surtout… comment arrive-tu à t’y tenir ?

Je fais des bijoux très géométriques et je pense que cela est dû à mon ancien poste de graphiste. J’ai toujours aimé l’architecture, le mouvement Bauhaus, les couleurs aussi, et tout ce mélange m’a rapidement mené aux bijoux que je fais aujourd’hui. Je ne suis pas vraiment de fil rouge. Mais pour rester dans mon univers j’essaye de m’émanciper au maximum des mouvements de mode pendant mon processus de création. Sinon je serais déjà en train de créer des collection qui ressemblent à des coquillages et des galets (c’est très en vogue en ce moment, et je comprends car c’est sublime !). J’essaye aussi de travailler des nouveaux matériaux pour être novatrice tout en restant dans mon style. Pour le moment cela a toujours marché. Mais je ne suis pas à l’abris de tourner en rond, ou de sortir totalement de mon univers et de me planter !


Comment, par quels moyens t’es tu fait connaitre ?

Ahah, je rame encore ! Mais principalement grâce aux réseaux sociaux, par le biais de posts sponsorisés ou de partenariats avec des blogueuses. Même si cela n’est pas toujours très efficace ! Attention ce n’est pas parce que certaines d’entres elles ont beaucoup d’abonnées qu’elles ont beaucoup d’influences… Et aux différentes ventes que j’ai fais à Paris. Les boutiques dans lesquelles je me trouve sont aussi une très jolie vitrine pour ma marque.


Ton geste de bijoutier / étape de fabrication / outil préféré ?

J’adore polir !!! C’est vraiment une étape très jouissive, partir d’un métal brut et le rendre brillant est très gratifiant. Mais comme pour tout travail à la chaîne, cela est agréable 1h, ensuite cela devient pénible et douloureux. J’adore aussi le montage. C’est la dernière étape, celle de la finition, celle où le bijou prend forme, et c’est assez agréable de voir le bijou terminé.


As-tu une astuce technique ou un conseil métier à nous dévoiler ? (promis, ça reste entre nous !)

Bon alors je me suis formée par moi même, donc cela va peut-être, pour certains d’entre vous, vous sembler évident. Mais pendant le polissage j’utilise un petit morceau de cuir en plus de mes gants pour maintenir le bijou par le dessous, cela permet d’insister sur certaines zones sans se brûler ! 


Ton prochain projet ? Une actu à partager ?

Participer à un salon professionnel en septembre 2019 ou janvier 2020 ! 



Merci à Gaïa d’avoir répondu à ces questions. Je ne pense pas me tromper en disant que lorsque l’on est créatrice de bijoux à son compte, le temps est quelques chose de précieux. Aussi, je suis extrêmement reconnaissante lorsque mes collègues créatrices prennent un peu de cette denrée rare pour partager leur histoire.

Son site web
Son Instagram
Sa page Facebook

Il y a toujours quelque chose à apprendre du vécu des autres. De l’inspiration, de la motivation., de l’espoir ou encore une technique inconnue.

J’espère que ces interviews vous plaisent autant que je prends de plaisir à les faire, et à échanger avec ces passionnés autour de la bijouterie.

A très vite pour d’autres portraits, histoires et aventures !

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3 comments

  1. ” maintenant je me verse 800€ depuis 1 an et demi”
    je comprends mal le sens de la phrase, c’est 800 par mois ou 800 durant un an et demi? ^^’ désolée pour mon manque de compréhension

    1. Bonjour, je me permets de répondre à la place de Gaïa, même si je ne sais pas la réponse exacte. Mais vu que cela fait plusieurs années qu’elle en vit, il me semble qu’il s’agit plus de 800€ nets par mois. Et j’imagine que, comme pour beaucoup de créatrices dont moi, c’est “lissé” sur l’année, avec des mois bien plus lucratifs que d’autres.

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