RENCONTRE AVEC ALIX TRAN CRéATRICE DE LA MARQUE “MYSEN”

Cela me démangeait depuis le début de ce blog : demander à ceux qui ont réussi à vivre de leur passion quelle est leur recette, leur parcours, voir leurs petits secrets…

J’adore savoir comment ça se passe chez les autres, et j’adore tout autant écouter des podcast ou regarder des interviews.

C’est donc le début d’une série de rencontres que je vous propose désormais sur le blog. Et celle-ci sera inaugurée par cette conversation que j’ai eu avec Alix, la charmante créatrice de la marque MySen (qui n’est autre que son deuxième prénom).

Avant toutes choses, veuillez pardonner cette pauvre qualité de son. J’ai dû me battre avec un logiciel d’enregistrement vraiment peu conciliant…

Mais comme personnellement, j’aime beaucoup écouter des podcasts lorsque je suis à l’établi, je vous le livre tout de même au format audio, bien que médiocre, et vous propose ci-après la retranscription texte (d’où ce ton “parlé” et moins policé). Promis, les prochaines seront meilleures !


Bonjour Alix, peux-tu nous raconter dans quelles circonstances tu as créé ta marque, et après quel parcours ? Comment en es-tu venue à créer des bijoux ? Etait-ce une réorientation professionnelle, ou à la suite de tes études ?

Je l’ai créée il y a un peu plus de trois ans, à partir de novembre 2015, après mes études aux Arts Décoratifs de Strasbourg. C’est là que j’ai découvert le bijou. Je ne m’attendais pas du tout à faire, enfin ce n’était pas du tout ce qui était prévu. En fait, je suis rentré aux Arts Décoratifs de Strasbourg, je pensais faire du graphisme, je n’avais pas d’idée vraiment définie…


Ils proposaient des ateliers de bijouterie ?

Oui, c’est ça, en fait ils ont un pôle “objets” : bois, céramique, verre, métal, et il y a aussi un atelier livre et un atelier bijou. J’hésitais entre l’atelier livre et l’atelier bijou, donc c’est vraiment un hasard que je me sois retrouvée là, et dès les premiers mois en fait ça a été le coup de foudre. 

Interview Alix Tran, créatrice de MySen, sur www.apprendre-la-bijouterie.com
Crédit photo : Andrea Bresciani Levideau


Cela a été ta seule formation ? Est-ce que c’était des cours complets, avec un apprentissage technique ?

En fait, c’est un DNSAP en 3 ans, puis un DNSEP en 5 ans.

C’est la seule formation que j’ai eu sur le bijou, et donc ce n’est pas une formation technique, mais une formation artistique. En fait, on est en atelier, on est regroupés toutes années confondues, donc on apprend aussi les uns des autres. On a un projet et on doit le concrétiser. Si on ne s’intéresse jamais à la forge par exemple, on ne fera jamais de la forge etc.

Interview Alix Tran, créatrice de MySen, sur www.apprendre-la-bijouterie.com
Crédit photo : Andrea Bresciani Levideau

Dans l’atelier de bijoux, il y en a qui sont vraiment séparés du métal par exemple. C’est moi qui ai choisi de travailler le laiton, mais j’aurais pu choisir une approche qui est totalement différente. Là bas, on apprend le bijou contemporain, la version artistique du bijou. C’est le bijou vu comme un objet en rapport avec les corps, mais qui n’est pas forcément destiné à être porté tous les jours. Ça peut être par exemple une performance, une photographie… Après, concrètement, le circuit c’est : musées, galeries, collectionneurs…


As-tu lancé ta marque tout de suite après tes études ? Tu as su tout de suite que tu voulais commercialiser tes bijoux ?

En fait, j’aime bien le fait que le bijou soit accessible. Quand j’étais jeune, étudiante, même avant les Arts Déco, (avant je faisais des études d’Histoire et d’Histoire de l’Art), j’aimais déjà aller dans les salons de créateurs. Et j’aimais bien l’idée que ce soit accessible. Le milieu de l’Art ne me correspondait pas forcément.


As tu rencontré des difficultés quand tu t’es lancée ? Est-ce qu’il y a eu des épreuves à traverser, ou des moments de découragement ?

Je dirais que ça a tout de suite roulé. Pas forcément financièrement, parce que la première année je dépensais un peu tout ce que je gagnais ! Je n’avais pas de stabilité financière, pas forcément de salaire, mais j’avais des commandes. J’ai eu une activité tout de suite. Pas vraiment le temps de me décourager en me disant « Ça prend pas, ça ne marche pas ».


Au bout de combien de temps as-tu considéré que ta petite entreprise marchait bien ? Que tu pouvais te sortir un salaire décent ?

Dès la deuxième année je dirais. J’étais quand même assez contente, et je considère que j’ai une certaine stabilité depuis. Je peux me verser un salaire, et en fait j’ai commencé assez vite en faisant des salons.


A ce sujet, comment est-ce que tu as commencé à vendre ? Comment est-ce que tu t’es fait connaître aussi ?

En fait, j’ai commencé par faire des salons ouverts au public, pas des salons professionnels. J’ai fait un salon à Strasbourg, le salon Résonance[s], plutôt orienté métiers d’art. Il y en a eu un autre du côté de Roanne, orienté métiers d’art lui aussi. Et puis après des salons plus “mode” ou “créateurs” à Paris. Il y avait « A Little Market » quand ça existait encore, puis “Des Filles en Aiguilles”


Et via ces salons, comment as-tu développé tes ventes ? Sur internet ? Dans des boutiques ? Quels sont en fait tes réseaux de vente ?

Grâce aux salons, j’ai été contactée par des boutiques donc ça m’a fait une première expérience. Je me suis vite rendue compte qu’il fallait que je change mes prix. Aussi une des premières choses aussi que j’ai faite, c’est d’avoir appris à faire un e-shop. En fait les gens rencontrés en salon, peuvent me retrouver.


Et aujourd’hui, tu considérerais que tu vends en quelles proportions ? Plutôt en boutique ? En salon ? Ou en direct sur internet ?

Clairement je vends principalement en boutique. Après, c’est les salons, mais j’ai arrêté cette année. J’en fait en période de Noël, sinon le reste de l’année j’ai arrêté…


Et sur internet tu réussis à dégager des ventes ?

Alors, un petit peu sur Internet, surtout à Noël. Le reste de l’année, on va dire que c’est un peu anecdotique, mais,encore une fois, ça permet aux gens qui m’ont trouvé en boutique de me retrouver. Sur Instagram aussi, c’est assez important, de pouvoir acheter en direct. C’est quelque chose que je n’ai pas encore vraiment travaillé, je passe quasiment tout mon temps sur ma boutique en ligne, donc forcément…


Et tout ça, c’est toi qui le gère ? Ta boutique en ligne, est-ce que c’est toi qui l’as réalisée ou est-ce que tu l’as sous traitée ? Et les réseaux sociaux ?

Oui je fais tout, mais du coup j’ai une énorme marge de progression… Justement sur la communication, et le développement du site par exemple.

Interview Alix Tran, créatrice de MySen, sur www.apprendre-la-bijouterie.com
Crédit photo : Andrea Bresciani Levideau


Qu’est-ce que tu sous-traites dans ton activité ? Que ce soit dans ta production de bijoux ou dans ton quotidien de créatrice ?

Pour ce qui est du fonctionnement de l’entreprise, c’est moi qui gère tout. Mais sinon dans la fabrication, il y a la dorure que je fais sous-traiter, à Paris. Sinon depuis un peu plus d’un an, je fais faire de la découpe chimique. Il n’y a pas vraiment de valeur ajoutée à découper ces pièces moi-même, même si c’est ce que je faisais avant. En fait il n’y a pas vraiment de différences… découpe à la main ou découpe chimique, sauf qu’il y a un gain de temps assez énorme. Et puis après de toute manière, j’interviens toujours sur la pièce pour d’autres étapes : soudure, percer les pièces, les emboutir…


Quel est le geste, ou l’étape de fabrication que tu préfères ?

Je dirais la découpe au bocfil quand même, même si ça prend beaucoup de temps. Je trouve que ça a un côté assez reposant.

Après, il y a aussi le martelage : un peu plus physique et un peu plus difficile de tenir sur la durée.  

Interview Alix Tran, créatrice de MySen, sur www.apprendre-la-bijouterie.com
Crédit photo : Andrea Bresciani Levideau


Quelle est la création dont tu es la plus fière ou alors celle que tu préfères ?

Je dirais, les lotus. En fait c’est une des premières pièces, enfin c’est même la première pièce que j’ai faite pour la marque. Ca vient d’un bijou que j’ai fait à l’école que j’ai un peu transformé. J’aime bien en fait les pin’s lotus parce que ce sont des fleurs qui restent un peu mobiles autour d’une tige, il y a des petites vibrations quand on bouge, je trouve que c’est assez représentatif de la marque.

Interview Alix Tran, créatrice de MySen, sur www.apprendre-la-bijouterie.com


Quand j’ai connu tes bijoux, ce qui m’avait beaucoup plu, c’est ce côté très sensoriel : le petit tintement, le côté mobile, notamment de ces pin’s et de ces bagues lotus….

C’est aussi en lien aussi avec la nom de la marque puisque Mysen ça veut dire « jolie fleur de lotus » en vietnamien !


J’ai une dernière question : si tu avais un conseil à donner à un créateur ou une créatrice qui se lance aujourd’hui, qu’est-ce que ce serait ?

Je dirais peut-être le fait de ne pas attendre que tout soit parfait pour se lancer. Ne pas avoir peur de se lancer, même si le site Internet est incomplet, même si on n’a pas une collection complète de bagues, boucles d’oreilles, colliers, bracelets, qui soit vraiment cohérente. Je pense que c’est important de montrer ce qu’on a déjà fait, même si ce n’est pas encore parfait. Mais de toute façon on s’améliore au fur et à mesure des rencontres, des expériences…

Tu as bien raison, je suis tout à fait d’accord avec ce conseil ! Merci Alix de nous avoir consacré du temps pour nous raconter ton parcours et ta vision du métier.

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