LES DESSOUS DE LA CRÉATION // ÉTAPE 4 : LA FABRICATION EN SERIE


4ème volet de notre série sur les dessous de la création d’une collection de bijoux (je vous laisse re-découvrir les étapes 1, 2 et 3), nous allons aujourd’hui nous intéresser à la fabrication en série de cette collection.

Pour cette étape, le maître mot est : O.P.T.I.M.I.S.E.R. C’est bien là tout l’intérêt de la fabrication en série, même en petites séries. A la différence de la fabrication de pièces uniques, pour laquelle chaque étape est différente d’une pièce à l’autre, la fabrication en série permet bien des arrangements et optimisations possibles. Et c’est souvent pour cela que l’on opte pour des séries : c’est plus facile, plus rentable, et plus vendable !

Alors optimiser c’est bien, mais que peut-on optimiser et comment ?


1 / Optimiser ses coûts – se fournir intelligemment


C’est maintenant que vous allez apprécier tous les efforts de l’étape précédente, le prototypage. Si vous avez bien suivi mes conseils, vous aurez bien noté chaque élément nécessaire à la confection de vos modèles. Les matériaux et apprêts nécessaires, ainsi que les différents fournisseurs, sont maintenant sous vos yeux, dans vos notes.

Il ne vous reste plus qu’à multiplier ces chiffres par le nombre de modèles que vous pensez produire, au moins pour un premier jet.


Alors justement, combien faut-il en produire ? La question est pertinente, bien qu’il ne soit pas vraiment possible d’y répondre, tant cela dépend de votre avancée avec votre marque, vos circuits de ventes, vos objectifs etc…

En revanche, une chose que je peux que vous conseiller, ce dont je suis sûre et certaine pour l’avoir mainte fois éprouvé avec ma marque comme avec celles de mes amies / stagiaires / élèves : n’ayez pas peur d’en faire TROP.

Il n’y a rien de pire que de ne pas avoir de stock pour satisfaire une commande, devoir refuser un événement auquel on vous aura sollicité, devoir faire patienter une cliente fidèle ou perdre sa place dans un point de vente par manque de stock… oui oui, tout cela m’est arrivé la première année où j’ai lancé ma marque. Croyez-moi, je n’ai plus jamais fait cette erreur ! Aujourd’hui je me demande encore pourquoi j’avais tant eu peur de faire trop de stock.

Que risquez-vous “au pire” si vous en faites trop ? DEVOIR LES VENDRE. Voilà tout. “Au pire” il vous faudra démarcher des revendeurs, faire des soldes, des opérations ou des concours, des collaborations avec des influenceurs, un déstockage, participer à une box, faire des salons ou ventes privées… On est d’accord, en fait cela vous créera des opportunités. Alors, convaincu ?

Pour vous donner un chiffre, partez sur 10 de chaque modèle. C’est rond, c’est peu et beaucoup à la fois quand on commence. Aujourd’hui je suis sur des productions bien plus larges, il m’arrive bien entendu d’avoir des sur-stocks sur des pièces qui se vendent moins, mais j’utilise alors toutes les stratégies sus-mentionnées.

Revenons donc à notre optimisation.
Il est temps de “rassembler” tout ce qui peut être mis en commun : peut être avez-vous un même élément dans plusieurs de vos bijoux. Un fil de même diamètre, une plaque de même épaisseur, des tiges d’oreilles semblables etc…

Essayez de trouver des fournisseurs aux gammes larges, mais n’hésitez pas à les mettre en concurrence et à négocier les prix si besoin. On sait jamais, parfois ça marche, surtout si vous commandez à l’étranger.

Aujourd’hui cela est rendu bien plus facile grâce à internet. Vous avez accès à tout un tas de grossistes et de destockeurs. N’hésitez pas aussi à passer des annonces concernant vos recherches sur des groupes Facebook de bijoutiers, où tout le monde s’entraide (notez cette subtile publicité pour notre super communauté de bijoutiers autodidactes)



2 / Optimiser ses gestes

Ceci est un contre-exemple d’optimisation de ses gestes… 😀

Maintenant, plutôt que de réaliser chaque bijou entièrement du début à la fin, vous pouvez regrouper les étapes de fabrication :

Exemple : pour fabriquer 50 paires de Boucles Hope, je procède comme suit
-> Je découpe 100 morceaux de barres de laiton à 7,5cm, en les groupant par 3 à la fois
-> Je les recuis en les plaçant 10 par 10 sur ma plaque. Cela va plus vite car la chaleur se diffuse sur celles d’à côté.
-> Je les met en forme et les soude 10 par 10
etc…

Optimiser les étapes de fabrication est un gain de temps mais aussi d’argent puisque cela pèsera moins dans les coûts de main d’oeuvre.

Dans l’exemple ci-dessus, j’avais calculé qu’il me fallait 10 minutes pour réaliser une seule boucle de A à Z lors du prototypage.
Cela fait 3 paires en 1h de temps.
En optimisant mes gestes, j’ai réalisé 9 paires en 1h…

Autant vous dire que ça allège bien les coûts de production !


3 / Sous-traiter

Ah, en voilà une étape qui fait peur. Pourtant, sous-traiter est bien souvent la clé pour réussir à bien mener son entreprise. Soyons clairvoyants 2 minutes : il n’est pas possible de tout vouloir (et tout savoir) faire tout seul dans une entreprise, de la création à la comptabilité, des photos à la construction d’un site web, du packaging à la dorure…

Pourquoi ne pas confier à des spécialistes des tâches qu’ils savent souvent aussi bien voire mieux faire que nous ?
Il s’agit là d’une dépense qui peut paraître énorme selon ce que vous déléguez, mais qui peut s’avérer un énorme soulagement pour votre processus de création.

Et si vraiment vous ne pouvez pas vous le permettre, pensez aussi aux stagiaires qui seraient ravis de vous aider et de compléter leurs compétences (et leurs semaines de stage…).
(Attention : Par expérience il y a tout de même des limites et des inconvénients à se faire aider par des personnes qui ne sont pas encore qualifiées ou qui peuvent demander beaucoup d’énergie. Et c’est bien normal : elles sont en formation et non rémunérées pour la plupart, on ne peut pas leur demander les mêmes choses qu’à une entreprise dont c’est le coeur de métier).

Commencez par déléguer ce que vous ne maîtrisez pas. La dorure ? le soudage ? la découpe ?

Puis posez-vous la question de ce à quoi vous n’êtes pas indispensable, ou bien ce qui vous soulagerait.

J’ai personnellement poussé un grand ouf de soulagement lorsque j’ai fait découper au laser mes 150 manchettes. En 8 jours, le travail de plus d’un mois de découpe à la main était réalisé. Je ne vous parle même pas du gain financier au final…

Sous-traiter sous entend tout de même de passer un minimum de temps à l’élaboration d’un cahier des charges ou d’une fiche de fabrication détaillée. Et là, on se félicite d’avoir tout noté lors de l’étape 3 du prototypage 🙂

Le fait de déléguer est difficile pour quelqu’un qui a fait naître et grandir “son bébé”. Il y a de multiples barrières à franchir, psychologiques, financières, mais cela peut vraiment porter ses fruits. Un prochain article sur le sujet est déjà en préparation 🙂


4 / Optimiser son temps


Durant ce temps de sous-traitance, l’idée n’est pas non plus de vous tourner les pouces mais de vous dégager du temps pour des choses essentielles.

Vous pouvez par exemple en profiter pour :

  • préparer toutes vos fiches techniques pour votre site web
  • réaliser les photos des produits ou prévoir une séance photo avec photographe, modèle, maquilleuse etc…
  • commander les packagings, écrins, cartes de visite ou de remerciement
  • commencer votre catalogue

Bref, vous pouvez réfléchir à tout votre “branding“, qui n’est autre que l’image qui se dégagera de votre marque. Mais ça, c’est également le sujet d’un prochain article 😉

Dernier conseil : c’est le moment idéal pour vous faire un rétroplanning ! Prévoyez la date de sortie de votre nouvelle collection, et remontez le temps pour vous fixer des deadlines.

  • Quand devez-vous avoir votre catalogue prêt ?
  • Du coup, quand devez-vous avoir vos photos pour votre catalogue ?
  • Du coup, quand devez-vous prévoir votre session photo afin d’avoir à temps vos photos ?
  • Etc, vous avez compris le principe…



Voilà tout ! La prochaine étape de ce processus de création, traitera du prix et de comment le fixer maintenant que vous avez toutes les clés en main.

En attendant, vous pouvez retrouver les précédents articles ici :

1 / Libérez l’artiste !

2 / Faire le tri

3 / Le prototypage

A bientôt !

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5 comments

  1. Merci pour ce super article! Ça fait froid dans le dos mais c’est ma peur de l’échec qui parle… Sinon moi j’ai bien compris ta référence à MC Solar si si! 😉 ça me rassure d’ailleurs de voir que je ne suis pas trop rayée non plus. Bon ben y a plus qu’à comme on dit. C’est vraiment super de partager tes expériences, c’est un gain de temps inestimable, merci.

    1. Merci Ginie, c’est très gentil ! Parfois je me dis que j’aimerais bien revenir en arrière pour re-faire tout cela avec mes connaissances d’aujourd’hui, ce serait tellement plus simple 😀 Alors je partage mon humble expérience, c’est toujours ça !

  2. Bonjour….alors je ne sais pas quoi dire suis estomaqué c est tellement généreux de partager ton expérience.Je viens régulièrement voir tes articles ..et la je vois que tu vas proposer des cours en ligne…topissime.J’ ai fais une courte formation mais on a survolé pas mal de techniques et à la suite de ça il faut continuer à se former et surtout s’entraîner…C est la solution que j’ai trouvé car…totalement en autodidacte je ne me serais pas sentie légitime.C est vrai qu on peut exercer sans le CAP,mais en France pour travailler par exemple l’ argent il y a des obligations dont certaines ne sont pas simples déjà mettre en place(atelier avec accès sur l’extérieur par exemple…car au début d’une activité, un loyer ce n’est pas evident)…Pour l instant je vais travailler le laiton,et déjà je suis confrontée à la rentabilité.Je vais faire des le pendentifs qui inclue t du cuir de poisson et quand je vois tout de même le temps perdu à la découpe,je me rend compte que l’idéal ce sera se faire découper les pièces de base,avant de les travailler.BOn j’arrête de raconter ma vie.Grand merci pour tes partages.

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