Fabriquer des bijoux en Gold Filled


Si comme moi, vous aimez les bijoux dorés (ou plutôt “couleur or”), vous êtes confrontées à un choix cornélien: choisir entre l’or – bien trop cher – et le laiton – qui s’oxyde.

Bien sûr, il existe d’autres alternatives, comme le plaqué or – doré à or fin – que vous connaissez déjà. Mais peut-être avez vous récemment entendu parler du Gold Filled ?

Alors, qu’est ce que c’est, et surtout, lequel choisir ?


Le plaqué or (électrolyse)

Avant tout chose, quelle est la différence avec le plaqué or (ou doré à l’or fin)? En quoi diffèrent-ils ?

Pour une petite piqûre de rappel sur la dorure, autrement dit la galvanoplastie, et les techniques de dorure de manière générale, je vous laisse lire mes précédents articles.

Souvenez-vous, l’électrolyse permet de déposer une fine couche d’or (ici on parle en microns) sur l’alliage de base, souvent du laiton. La différence entre plaqué or et doré à or fin est une histoire d’appellation légale et d’épaisseur.

Retenez donc que :

  • le “doré à l’or fin” a généralement une couche d’or inférieure à 1 micron, (on peut même parler de flash). Il y en a donc très peu.
  • le “plaqué “or a une épaisseur d’au minimum 3 microns pour valider cette appellation.

Vous l’aurez compris, du fait de son extrême finesse de recouvrement, le plaqué or a ses limites : il finit par s’altérer avec le temps. Son autre inconvénient majeur est qu’il nécessite de faire appel à un doreur. Vous serez donc vite dépendante de ses tarifs, de ses délais, du rendu de ses dorures.

Bien sûr il est possible de réaliser son électrolyse soi-même, mais cela vous demandera beaucoup plus de moyens financiers, un équipement adéquat et de maîtriser cette technique délicate.


Qu’est ce que le Gold Filled ?

On le voit fleurir un peu partout ces dernières années. Mais qu’est-ce que c’est exactement ?

A l’origine, c’est un métal couramment employé aux Etats-Unis, il se démocratise de plus en plus en Europe.

Aux vues de sa fiche technique, on peut vite comprendre pourquoi il plait tant ! Bien qu’un peu plus cher à l’achat, il a de sérieuses qualités :

• il ne nécessite pas l’intervention d’un doreur,
• il ne s’oxyde pas,
• il est résistant au temps,
• il ne provoque pas d’allergies,
• il est plus précieux que du plaqué or
• et son tarif reste tout de même abordable. Il est donc possible de l’utiliser pour des la fabrication de bijoux fantaisie.

Mais alors pourquoi est-il si difficile de se fournir en Gold Filled ?

Tout cela est dû à son procédé de fabrication particulier qui limite ses applications et son utilisation.

Afin de bien comprendre, il faut savoir que le Gold filled se différencie par :

  • la quantité d’or contenue. Ici on ne parle plus en microns mais en pourcentage de la masse du bijou : à savoir au minimum 5% d’or ou 1/20ème du bijoux. On ne parle donc plus en couche ou épaisseur, mais en quantité d’or sur le poids du bijou.
  • la qualité de l’or : 12 ou 14kt, en comparaison au plaqué or qui est de 18 ou 24kt . Pour information, 14kt représente un alliage contenant 56% d’or, en comparaison à 24kt qui est de l’or pur.
  • Son procédé de fabrication : c’est par un phénomène mécanique que le métal est chauffé, puis compressé et laminé, au lieu d’un dépôt électro chimique. Ce procédé le rend donc plus résistant.

De ce procédé découle un avantage, mais également un inconvénient. Le métal est certes plus robuste, voire quasi inaltérable. Cependant, on ne le trouve quasiment que sous la forme de plaques, tubes ou fils ! D’où la difficulté de trouver son bonheur… Il ne peut donc pas être fondu ou moulé, ni même gravé ou embossé. Cela réduit drastiquement la liberté de création.

Autre inconvénient, il existe un risque de différence de couleur entre les fabricants.


Comment travailler le Gold Filled ?

Vous l’aurez compris : le Gold Filled se travaille puis sort à la vente sans intervention d’une dorure par la suite. Cela peut être une contrainte en moins dans la maîtrise de son processus de création, mais cependant il sera bien plus délicat à manier qu’un métal brut comme l’or ou l’argent !

Attention, je ne dis pas que c’est impossible, mais c’est plus compliqué !

Tout d’abord, gardez à l’esprit qu’il faut éviter au maximum de le chauffer, le recuire ou le souder. En effet, le fait de le chauffer va altérer la couche d’or, donc faire remonter l’oxydation et dénaturer le métal. De même, après la soudure il faut généralement limer les excédents, ce qui altèrera une nouvelle fois votre couche d’or. Et vous ne pourrez pas maitriser cette altération.

Petite précision : il n’existe pas de brasure Gold Filled. On utilise généralement de l’or 10 ou 14kt, la plus faible possible.

Je vous conseillerais donc de :

  • limiter au maximum votre nombre de soudures et recuits (2 grand maximum !),
  • ne jamais trop insister, avoir une flamme plutôt molle, peu haute en température,
  • être rapide dans vos soudures.


Et au niveau de la législation ?

C’est malheureusement encore un point flou. Et ça se comprend !

La législation concernant le plaqué or n’est déjà pas simple du tout, les avis divergent selon les bureaux des douanes. Alors l’arrivée d’un nouveau métal comme le Gold Filled imaginez : c’est la panique ! Ayant contacté diverses douanes, il est pour le moment avisé de considérer le Gold Filled comme un métal fantaisie.

Enfin, en tant que fabricante, je trouve important de le rappeler : le Gold Filled n’est pas de l’or ! Attention donc aux abus de langage ! Il est vrai que sa traduction littérale amène beaucoup de francophones à l’appeler “or rempli” . Employer le terme « or » peut vite duper ou induire en erreur les acheteurs, même si ça n’est pas du tout intentionnel. Donc je vous conseille de garder son appellation anglophone, Gold Filled (après tout on emploie bien « burger » et « smartphone » au quotidien !).

En conclusion : Gold filled ou plaqué or ?

Privilégier un bon rapport qualité/prix en dorant vos bijoux en laiton avec le risque qu’ils s’altèrent avec le temps ?

Être limité par l’utilisation du Gold filled mais fabriquer un bijou à prix raisonnable qui dure dans le temps ?

Vous commencez à bien me connaître… Mon avis : c’est vous qui choisissez ! Amusez vous à tester, faites vous votre propre opinion !

N’hésitez pas à me faire part de vos expériences en commentaire ☺

Partager l'article
  •  
  •   
  •  
  •  

Mélanie - www.apprendre-la-bijouterie.com

You may also like

9 comments

  1. Bonjour. Je me demandais justement si je pouvais souder et travailler un peu le gold filled, j’avais quand même des doutes, connaissant la structure d’un fil gold filled… Donc voilà j’ai ma réponse ! Merci ! Et merci beaucoup pour tous vos contenus ! Ils me sont très utiles. Aurélie.

  2. Bonjour et merci pour cet article très complet.
    Au niveau législation c’est effectivement un peu floue, j’ai en revanche pas eu la même information que vous de la part des douanes (Paris), il considère que c’est du plaqué et donc qu’il faut y apposer le poinçon carré.

    1. Merci de partager vos connaissances. Ce que l’on appelait “doublé” autrefois, n’est ce pas ce “gold filled”? Et savez vous comment les anglophobes appellent le plaqué or ?
      Merci…

      1. Bonjour François, en effet, ça y ressemble ! D’autres personnes m’en ont parlé. Pourquoi a t’on arrêté ce procédé ? Je ne sais pas… Sinon, les anglophones appellent le Plaqué Or “Gold Plated” (mais cette appellation ne prend pas en compte l’épaisseur d’or)

  3. Bonjour, je travaille avec le gold filled mais je ne fais pas de soudure. Je transforme d’autres matières comme le bois et puis utilise le gold filled en assemblage avec des apprêts. Voici ce que le bureau de garanti m’a dit il y a plus d’un an “Si vous vendez des ouvrages laiton recouverts de métal précieux à + ou – de 3 microns d’épaisseur vous relevez de la réglementation de la garantie.
    Donc, si vous commercialisez du goldfiled, du plaqué ou du doré à l’or fin etc… vous devez être enregistrée auprès d’un bureau de garantie.” Ce qui implique donc bien pour ma part le poinçon, la balance homologué, le livre de police…. si cela peut aider 🙂

    1. Merci Noémie pour ton retour. Effectivement, comme pour le plaqué, ça change d’un bureau à l’autre et d’un jour à l’autre ! Je peux te demander de quel bureau de garantie tu dépends ? Et en ce qui concerne le livre de police, comment le remplis-tu étant donné que tu ne peux pas connaître le réel poids d’or ? Merci d’avance pour ton retour !

      1. Je dépend du bureau de garantie de Lyon. Pour le livre de police je note la référence de l’apprêt qui est sur la facture et je prends le poids total (que je pèse moi-même). Ensuite après fabrication du bijoux le bureau m’a dit de peser totalement le bijou donc avec le bois ou autre matière donc je ne comprend pas la question 😉

  4. Merci beaucoup pour toutes vos contenus! C’est une mine d’or! Je souhaiterais me déclarer prochainement, j’utilise du gold filled et franchement on s’y perd niveau réglementation c’est la folie! Pour ma part, le bureau des garanties dont je dépendrai (Île de la Réunion), m’a informé que les créateurs qui voulait acheter et vendre du plaqué or et gold filled dépendaient bien du bureau des garanties et devait tenir un livre de police, mais pas de balance ni poinçon si la couche d’or n’excédait pas 3 microns; ce qui me laisse perplexe car je me rend compte qu’ils n’ont pas vraiment compris ce qu’était le GF étant donné que pour celui-ci on ne parle pas d’épaisseur donc comment faire ?!….affaires à suivre!
    Désolé pour le pavé

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.