Pour ou contre : participer à des marchés de créateurs ?

Pour ou contre participer à des marchés de créateurs - on fait la balance sur www.apprendre-la-bijouterie.com
Crédit : Hôtel Bohème

La haute saison arrive à grand pas. Pour les créateurs de bijoux, comme dans beaucoup d’autres secteurs, Noël est la saison idéale pour faire des ventes. De fait, c’est également la saison où l’on voit fleurir le plus de marchés de créateurs. Peu nombreux il y a quelques années, ils font aujourd’hui entièrement partie du paysage quant il s’agit de consommer localement. Alors en tant que débutant en bijouterie, hésitant à vous lancer dans le grand bain, devez-vous en faire ? Lesquels ? A quelle période de l’année ?

J’ai longtemps participé à ces événements avec ma marque, OH LA LA ! et j’en ai même organisé. Ce sont pour la plupart d’excellents souvenirs, bien qu’aujourd’hui j’ai décidé pour diverses raisons de ne plus en faire, en tant qu’organisatrice comme en tant que marque.

J’ai toujours eu une relation d’amour / haine pour ces marchés, expositions, foires ou autres événements éphémères à l’attention des créateurs.

Après quelques années a avoir arpenté les événements de créateurs, voici ma liste des points positifs mais aussi les négatifs sur la participation à ce type d’événements.

 

LES “POURS” :

 

  • Faire des marchés de créateurs est idéal pour se faire connaître localement. Dans ces événements, la clientèle, souvent du coin, aime rencontrer les artisans. C’est l’occasions d’échanger et recommander (dans tous les sens du terme) ce qu’elle a apprécié. J’ai lancé ma marque à Paris, et j’ai naturellement participé à des événements. Mais je me suis vraiment rendue compte des retombées locales lorsque je suis venue à Toulouse puis à Bordeaux faire des expositions. Les jours, les semaines et même les mois suivants, les commandes sur mon site internet à destination de Toulouse ou de Bordeaux étaient bien plus nombreuses qu’auparavant.

 

  • Un des plus gros avantages à participer à des événements c’est qu’a priori, on va y vendre. A quelques rares exceptions près, vous pouvez au moins compter sur une rentrée d’argent, parfois conséquente, lors de ces journées là. C’est plutôt satisfaisant. Même si en effet, cela peut parfois être frustrant lorsque les ventes ne sont pas assez nombreuses… mais au bout d’un moment, on fait vite le tri entre les “bons” et les “mauvais” événements. La clientèle est là pour acheter. Vous êtes donc au bon endroit 😉

 

  • C’est aussi une excellente occasion d’avoir un feedback concernant ses créations et de connaître un peu mieux sa clientèle. Attention tout de même à garder en tête que l’on vend des modèles très différents selon les villes (de l’argent dans le Sud, du doré à Bordeaux et Paris…), les saisons (les manchettes et sautoirs plutôt en été), mais surtout selon si c’est sur internet (les photos sont très importantes) ou en vente directe (les bagues, les bagues, les bagues, car on peut les essayer). Il est toujours utile et agréable de discuter et d’avoir un retour avec ses clients, ou non clients. Et puis parfois, ça donne l’occasion d’en rire.

 

  • C’est un canal de vente plutôt facile et direct si l’on n’a toujours pas de site, de réseaux sociaux ou de boutiques. On répond à un formulaire, on reçoit une réponse et si c’est positif  hop, c’est parti ! Il n’y a plus qu’à prendre son stand sous le bras et aller s’installer. Exit les heures de shooting photo, de communication sur les réseaux, de création de site web, de fiches articles et autres CGV…

 

  • Si vous êtes quelqu’un de doué pour le “face to face“, si vous êtes doués en vente (ce que je ne suis pas), ou que votre produit a besoin d’être expliqué, les marchés sont idéals pour cela. Certains produits se vendent mieux si on les explique ou si on les manipule.

 

  • Enfin, un dernier point qui a mon avis est un des plus positifs pour ma part : c’est l’occasion de rencontrer d’autres créateurs. Échanger, se donner des astuces, rigoler, se soutenir et… boire un bon vin chaud / un bière fraîche. Oui, ça fait aussi partie du package.

 

LES “CONTRES” :

 

  • Premier point négatif, qui peut paraître bête mais qui a toute son importance : la météo. Aïe aïe aïe les marchés extérieurs… c’est du quitte ou double. Que ce soit pour vos pauvre pieds gelés / cheveux emmêlés / coups de soleil (au choix). Vous me direz : il existe bien des marchés en intérieur. Dans ce cas là, c’est mieux pour le créateur, effectivement. Mais pas forcément pour les ventes. Un peu de pluie et vous faites chuter vertigineusement le nombre de visiteurs… et les ventes qui vont avec. Et ça, on n’y peut rien ma pauv’ dame !

 

  • Un élément a prendre en compte également : le temps que cela prend. Préparer un joli stand (même sous réserve que – comme moi – vous ne changiez pas votre mise en scène à chaque fois) prend du temps. Imaginer, acheter ou confectionner ses présentoirs. Puis le jour J s’y déplacer, installer, mettre chaque bijou, chaque prix, gérer toute cette logistique, rester debout, sourire et hop, tout enlever, pour parfois tout refaire le lendemain. Cela prend un temps fou durant lequel vous ne faites pas autre chose.

 

  • L’argent : je ne parle pas du prix du stand. Bien souvent, s’il est élevé, c’est que les ventes le seront aussi (bien qu’il y ait des loupés, j’en conviens). Il s’agit surtout de créer un stand, trouver la table, les chaises, la déco, les présentoirs, parfois le barnum, les caisses de rangement, les luminaires etc… Si l’événement a lieu ailleurs que dans sa ville : prévoir le déplacement, l’hôtel, le taxi, les repas etc… Et sans compter le plus important : c’est que durant ce temps là, vous n’êtes pas payée ! On sous-estime souvent tous ces “faux frais” mais qui pèsent réellement dans la balance.

 

  • Préparer un événement, c’est aussi détourner son attention. Préparer le stock demande beaucoup de ressources, sans savoir à l’avance ce qui va se vendre. En comparaison, avec la vente en ligne, on peut s’affairer à créer ses produits et développer sa marque pendant que les ventes se font “toutes seules”. C’est une effort différent, plus en amont, et qui nécessite un autre investissement personnel. Mais les faits sont là : vous êtes à ce que vous faites.

 

  • Et enfin, ce qui m’a personnellement achevé : la fatigue. Faire du stock, se dépêcher, stresser, tout packer, ne rien oublier, mettre dans la voiture, s’installer, déployer, millimétrer, rester debout, sourire, parler, avoir mal aux pieds, tout remballer, ne rien laisser, re-packer, remettre dans la voiture… puis recommencer. Après avoir passé des saisons de Noël en goguette tous les week ends dès le mois de Novembre, à parcourir la France, à louper tous ces moments magiques en famille… J’ai fait mon dernier marché enceinte de mon deuxième enfant. J’étais exténuée ! Depuis j’ai levé le pied et trouvé d’autres moyens de vendre.

 

Il y a donc beaucoup de paramètre à prendre en compte dans la décision de participer ou non à un salon. Le mieux reste encore de tenter, au moins quelques fois. Chacun aura sa sensibilité et son appréciation de cet exercice. Pour ma part, j’essaie de rester réaliste et factuelle. Bien que cela m’ait beaucoup plus au début, aujourd’hui le ratio bénéfice / fatigue a parlé.

Une habitude à prendre que je peux vous conseiller : depuis que j’ai commencé les salons et autres événements de créateurs, je tiens un petit tableau. J’y note tous les frais engagés pour chaque marché que j’ai fait ainsi que les recettes générées. Ramené à la journée, l’écart va d’une moyenne de 20€ par jour (oui… j’ai amèrement regretté) à 2100€/jour pour le plus rentable. Je ne parle ici que des marchés de créateurs, pas des salons professionnels sur lesquels il y a prise de commande par des revendeurs. Il est donc utile de faire ce genre de tableau pour évaluer les événements, savoir ceux à réitérer, et ceux à éviter !

Est-ce qu’une liste des meilleurs marchés de créateurs locaux vous intéresserait ? J’en ai quelques uns, et avec votre participation cela pourrait être sympa et utile à tous. Trop tard pour cette fin d’année mais peut être utile pour les prochaines ?

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19 comments

  1. Bonjour Mélanie, merci pour cette publication qui tombe à point nommé car je me pose justement la question de participer à ce genre de salon Je suis sur bordeaux, donc suis preneuse d’une liste sur le secteur merci encore, je suis assidûment votre site
    Belle journée
    Caroline – l’Atelier Caro2Coeur

  2. Bonjour Mélanie,
    je suis admirative de ton travail ! c’est très beau ce que tu fais!
    Pour ma part, je suis tout juste en train de me penché a faconner la matiere. Le chemin jusqu’au marché de créateur sera surement long, mais n’ayant jamais fait de marché de createurs, pourquoi pas avoir cette petite liste de marché locaux ? 🙂 (j’habite à paris)
    Merci pour ta passion et tout ton travail! C’est d’une grande aide 🙂
    Marion

  3. Excellent article, comme toujours !!!!! Je suis entièrement d’accord avec vous, et très sélective dans mon choix de manifestations… mais qu’est ce que c’est difficile d’en trouver de qualité …. n’ayant pas de boutique physique, c’est actuellement mon plus gros soucis ! Et je suis de Toulouse…. 😉

      1. Toulouse si tu n’es pas la copine hyper connue et respectée de la copine de la copine, tu ne rentres nulle part !
        Toulouse ne laisse pas l’opportunité aux gens de se développer ! Ou alors à condition d’être tendance, minimaliste, dans le moule ou 100% bijoutière comme vous.
        Les bijoux fantaisie à Toulouse j’ai vraiment l’impression que si t’es un peu originale,t’es enterrée direct !
        J’ai essayé Créative Pink : Refusée
        J’ai essayé Créart 31 : Refusée
        J’ai essayé la boutique de la communauté Etsy : Refusée
        J’ai essayé le marché du Capitol (lol) : Refusée
        J’ai essayé le marché du quartier des créateurs (je ne sais plus lequel) : Refusée
        J’ai essayé des boutiques (me rappelle vraiment plus, j’ai fait une annihilation de colère) : Refusée
        J’ai essayé le marché rue Jules Guesde : Refusée

        Le seul marché ouvert à tous, mais à tous… donc professionnel COMME particuliers (pfff pfff pfff) c’est FaitMain31 qui ne sait pas communiquer.
        A CHAQUE marché, on me demandait : C’est quoi ? C’est quand ? Vous êtes quoi ? J’étais pas au courant… J’tombe ici par hasard.

        Les endroits où j’ai cartonné/été acceptée ? Dans le Gers et dans le Tarn.
        Souci c’est que n’ayant ni permis, ni voiture bah je suis rapidement limitée et je ne peux pas faire des marchés à pétahouchnok.

        Alors cette année, par dépit, je n’en fait qu’un. A 5 minutes de chez moi. Et j’y vais pour prendre “l’air” (c’est en intérieur halleloujah), faire un peu de sport (montage/démontage) et me sociabiliser un peu plus. J’me fais aucune illusion.

        1. Et bien, ça sent la rancoeur tout ça 😉 C’est certain qu’il y a beaucoup de concurrence, de plus en plus. Et pour avoir été moi-même organisatrice d’événements sur Toulouse, je sais que les demandes sont énormément plus nombreuses que les places. La bonne nouvelle : c’est qu’il y a de la place si tu te sens d’organiser des choses 🙂
          Sinon, tu peux en tirer des conclusions et revoir ta distribution ? Peut être que tu devrais trouver d’autres moyens de vendre, en ligne, en ventes privées, en CE ? Boutique partagée ?

  4. Bonjour Mélanie,

    Merci pour vos billets ! Je suis une créatrice “du dimanche”, autodidacte passionnée, qui explore sans cesse et aimerait bien se professionnaliser. Vos billets sont source d’inspiration, votre expérience, source d’encouragement (ou de recul 🙂 ), je pense régulièrement à vos bijoux (tout en créant dans des styles très différents) et à l’émotion que j’ai eue en les recevant… bref, vos partages en tous genres m’aident de plus en plus ! Merci !

    Je ne peux hélas pas contribuer à recenser les marchés locaux les plus intéressants, car je n’en ai jamais fait. Mais je serais ravie de vous lire et de lire l’expérience d’autres créateurs.

    Vous dites que vous avez développé d’autres media de vente : pourriez-vous nous en parler aussi ou ça reste confidentiel ?

    Merci pour tout, encore ! Je vous souhaite beaucoup de succès.
    Emma

    1. Bonjour Emma, je suis ravie de provoquer d’aussi jolies émotions 🙂
      Bonne idée pour les différentes sources de ventes pour des créateurs. Je vais essayer d’en faire un article prochainement !

  5. Ahahah j’en suis arrivée à la même conclusion que toi au fil des années ^^ Effectivement, c’est bien d’en faire au début. Ça permet entre autre de voir la réaction du publique. Mais au bout d’un moment, on peut se concentrer sur d’autres canaux de ventes (internet, boutiques). C’est la première année que je n’en fait pas, et mon niveau de stress n’a jamais été aussi bas à cette période 😉

  6. Bonjour ,
    cet article m’intéresse énormément car je commence mon activité et me demande bien comment gérer tout ça!!!
    Cette année je vais faire deux marchés de Noel pour mettre le pied à l’étrier.
    je serais très partante pour pouvoir consulter un agenda des marchés de créateurs (je vis à Nantes) de l’Ouest de la France.

  7. Je me retrouve entièrement dans cet article. Je démarre mon activité réellement cette année, et j’ai rempli mon agenda avec des marchés créateurs et marchés de Noël pour tous les week-ends jusqu’à Noël. Des marchés que je ne connais évidemment pas car c’est la première année, et je trouve qu’il est très difficile de faire une sélection des marchés. Je suis sur Toulouse et suis preneuse pour une liste aussi.
    Belle soirée,
    Melanie,
    La Fée et La Fleur, articles textiles réutilisables et vêtements

  8. Excellent article, comme d’habitude 🙂
    Je suis en marché tout les weekend jusqu’à noël et même une semaine complète du 18 au 24 déc, c’est tout simplement usant…
    Je me pose la question de mes canaux de vente pour l’an prochain, étant largement montée en gamme en cette fin d’année (un peu grâce à toi, mais ça je te l’avais expliqué par mail…).
    J’envisage de mon côté de continuer certains marchés mais de me détourner de certains dépôts ventes, qui veulent toujours plus de stock et qui génèrent un stock dormant important…

  9. Bonjour! Merci pour cet article oh combien intéressant. Pour ma part j’habite dans le Medoc, au dessus de Bordeaux et pour avoir fait quelques marchés par ici, effectivement tous ne se valent pas.. Et d’ailleurs même certains marchés de “créateurs” n’en ont que le nom. Et pour m’être retrouvée plusieurs fois à côté de vendeurs de lunettes en plastiques ou autres à 5€, je me suis rendu compte que les “vrais” marchés de créateurs sont rares aujourd’hui. En tout cas par chez moi. Je ne connais pas Bordeaux mais j’imagine qu’il y a plus de choix, je serai intéressée par une éventuelle liste de marchés qui valent la peine dans cette ville où ses environs. Merci à toi !

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