Grossesse et bijouterie : comment bien se protéger

Bien se protéger durant sa grossesse lorsque l'on est bijoutière - un article à lire sur www.apprendre-la-bijouterie.com

Puisque le sujet s’est présenté à moi récemment – pour la seconde fois – et comme l’on m’a posé beaucoup de questions à ce sujet, je me suis dit qu’un article sur la gestion d’une grossesse lorsqu’on est bijoutière pourrait en intéresser plus d’une. Voici donc l’article que j’aurais aimé lire lorsque j’ai appris que j’étais enceinte il y a de cela quelques années maintenant. Cela m’aurait évité pas mal de questionnements, et de culpabilité aussi sans doute…

Une grossesse est un temps privilégié. Créer la vie tout en créant des bijoux peut être très stimulant à condition d’aménager les contraintes de ce métier à votre corps changeant. Les conseils prodigués ci-dessous sont cependant valables pour tout un chacun, pas uniquement pour les femmes enceintes. Mais puisque nous voulons le meilleur pour notre progéniture, ce n’est souvent qu’à ce moment là que l’on se pose réellement ces questions.

Malheureusement, il n’existe aucune étude réelle sur le sujet et sur les possibles problèmes que les produits chimiques pourraient causer. Dans le doute, comme bien souvent, on conseille de s’abstenir de travailler. Mais rares sont les personnes à leur compte qui peuvent se dire ” cool, dans le doute je vais rester 9 mois sur mon canapé…” Lorsque l’on travaille à son compte, surtout dans ce “métier-passion”, il n’est pas toujours possible financièrement ou même psychologiquement de ne rien faire du tout.

Alors partons du postulat que votre grossesse va bien se dérouler, et voyons comment devenir Dark Vador, ou plutôt White Vador. Si si, vous verrez.

**********

CONNAITRE SES DROITS

Commençons par le commencement, en détaillant vos droits en terme de congés maternité.

Si vous êtes salariée ou inscrite au pôle emploi, alors vous êtes au régime général, qui vous donne droit à garder vos prestations durant 3 mois environ (mais je ne connais pas particulièrement les spécificités de ce régime, donc renseignez-vous auprès de votre caisse d’assurance maladie).

Si vous êtes à votre compte, notamment en tant qu’auto-entrepreneur, sachez que vous y avez également droit, même si dans certain cas cela s’apparente plus à une blague qu’autre chose…

Renseignez-vous auprès de votre Caisse d’Assurance Maladie – anciennement appelé le RSI -, ils vous indiqueront toutes les démarches à faire. Mais voici un résumé de ce à quoi vous pouvez prétendre si vous avez, sur les 3 dernières années, déclaré un chiffre d’affaire égal ou supérieur à 3807 € / an (allez savoir d’où sort ce chiffre). Si vous êtes en dessous de ce seuil, alors malheureusement c’est “mauvaise pioche” : tous les chiffres ci-dessous sont à diviser par 10… et non, ce n’est pas une blague.

  • Allocation forfaitaire de repos maternel : 3269 € versés en 2 fois, pendant la grossesse et après l’accouchement.
  • Indemnités de congés maternité : 53,75 € par jour durant 44 jours soit 2365 €

Voilà voilà, selon toute vraisemblance, ces messieurs-dames des administrations pensent qu’un mois après la naissance de bébé, nous serions aptes à nous remettre en selle… Alors bon, pour celles qui voudraient souffler  se reposer  profiter  se retaper grappiller un peu de temps avant ou après bébé, sachez qu’il y a tout de même :

  • 30 jours supplémentaires pour grossesse difficile (à valider par votre médecin) : 1672 €
  • 2 x 15 jours de prolongation de congés maternité (à votre initiative) soit : 1672 €

Au total donc, vous pouvez prétendre à être indemnisée pour 104 jours d’arrêt maximum soit 5590 €

Et puis il existe des petits “plus”, qui bizarrement ne sont presque jamais mentionnés et auxquelles vous pouvez également prétendre (n’hésitez pas à clairement les demander)

  • un bilan dentaire remboursé au cours de la grossesse (wouhou)
  • 32h de ménage offerts après l’arrivée de bébé (bénédiction !) :appelez votre RSI et demandez-le, c’est tout bête mais c’est toujours ça de moins à gérer durant les premières semaines après l’arrivée de bébé !

Des prestations pour hospitalisation du nouveau-né ou congés paternité sont également prévues.

Ces données sont valable pour l’année 2018, date d’écriture de cet article, donc si vous le lisez bien plus tard, je vous souhaite que tout cela ait bien augmenté et que l’on propose un VRAI congés maternité aux femmes entrepreneuses…

**********

 

SE PROTÉGER ET PROTÉGER SON ENFANT

Durant ces 9 mois, les 2 sont indissociables. Se protéger, c’est protéger son enfant et vice-versa. Tout comme l’alimentation ou votre condition physique, si vous prenez soin de vous, votre bébé en bénéficiera également. Alors rentrons dans le vif du sujet et intéressons-nous de plus près aux spécificités de ce métier.

Protéger son ventre

Cela semble le plus évident car le plus visible, surtout vers la fin de la grossesse. Et oui mesdames, vous avez un ballon devant vos yeux ! Ce ventre, même peu proéminent, peut souvent vous rappeler à l’ordre, que ce soit par une gène dans vos mouvements, ou par des contractions. Même si elles ne sont pas douloureuses, celles-ci ne sont pas pour autant désirables.

Voici quelques conseils:
– éviter le martelage autant que possible, ou tout autre geste qui appuie beaucoup sur les abdominaux de façon répétitive.
– protéger votre ventre, avec une peau en cuir par exemple, lorsque vous soudez ou manipulez des objets chauffants. Et oui, la blouse ne fermera bientôt plus, et votre nombril sera à quelques centimètres seulement de la flamme 😉
– assise à une table, pour du montage notamment, écartez bien les jambes et penchez-vous légèrement vers l’avant pour “laisser tomber” le ventre. Cela peut soulager votre dos et éviter les contractions dues à un petit bébé qui essaierait de taper ladite table. Ça sent le vécu ? 🙂

…et puis voyez le bon côté des choses : dès que vous ferez tomber un minuscule anneau ou une petite pierre, inutile de chercher trop loin, elle sera sur votre ventre 🙂 (fonctionne également avec les tâches de sauce et autres miettes)

Protéger ses poumons

Le premier trimestre est considéré comme la période la plus “sensible” en ce qui concerne les produits chimiques. S’il y a surdose d’un quelconque produit, c’est à ce moment là qu’il fera le plus de mal. Gardez en tête de toute façon que le seul produit que l’on peut surdoser à cette période est… l’eau. Tout le reste, produits ménagers, peintures, solvants, colorations à l’acétone et même les jus de fruits seront à limiter ou carrément éviter. Faisons ensemble le tour de l’atelier…

Le Borax, ou acide borique, semble être le produit chimique le plus problématique. Le chauffer et l’inhaler est fortement déconseillé, mais sachez également qu’il passe à travers la peau ! Ne le touchez donc sous aucun prétexte. Si vous en trouvez, privilégiez un flux sans fluorides, comme le Grifflux. Si vous devez en utiliser : portez des gants et un masque respiratoire (comme celui-ci) ou encore mieux, un un masque filtrant anti-particules fines (celui-ci par exemple). Ceci dit attention : ces respirateurs peuvent être des faux-amis et vous empêcher l’oxygénation correcte de vos poumons et par extensions, de votre bébé. Dans ce cas, privilégiez les masques simples anti-poussières, à moindre mal…

Sparex (déroché) : ne surtout pas le faire bouillir, pour éviter l’inhalation dans l’air ambiant. Le mieux est de le remplacer par une solution de vinaigre blanc + gros sel, légèrement moins efficace mais efficace tout de même, et moins dangereux pour les poumons. Bien aérer, évidemment.

Brasures : Privilégier les brasures sans cadmium si vous en trouvez. Le cadmium, je n’en avais jamais entendu parler, mais apparemment, c’est vraiment pas top…

Polissage : là aussi, les particules ne sont pas les bienvenues, surtout celles du Tripoli. Privilégiez un Dialux blanc par exemple, et surtout ne lésinez pas sur le masque et les gants. Si vous le supportez (et pour ma part c’était un vrai supplice que j’ai dû abandonner) privilégiez un masque respiratoire.

Eviter le travail du cuivre, surtout si chauffé. Ses vapeurs sont toxiques.

Les émaux : je n’en utilise pas personnellement, donc je m’y connais peu. Mais de ce que j’ai pu lire, c’est là aussi assez déconseillé, surtout chauffés. Il s’agit de produits chimiques tout comme les vernis à ongles, dont les vapeurs sont très facilement inhalées. Si vous pouvez vous en passer, tant mieux. Sinon : protection au maximum par respirateur !

Produits de nettoyages, acétone, liquides pour machine ultrason : ne pas inhaler, très bien aérer, ne pas se mettre au contact (protections occulaires, masque et gants lors de la manipulation)

Nettoyer et balayer régulièrement pour éviter d’emporter sur soi les poussières de métal.

Enfin : porter une blouse. Mon petit conseil : si votre blouse habituelle ne vous permet plus d’y rentrer votre bidon, et que vous ne souhaitez pas en racheter une : investissez quelques euros dans une chemise pour homme extra large dans une friperie (remontez bien les manches, ou prenez des manches courtes pour ne pas qu’elles ne traînent trop sur votre établi) ou encore mieux : piquez-en une à votre homme 😉

 

**********

 

ADAPTER SON RYTHME ET SES JOURNEES 

Nous venons d’évoquer les protections nécessaires pour garder un corps et un bébé en bonne santé. Mais durant une grossesse, on peut parfois souffrir de divers petits maux, plus ou moins bénins, plus ou moins embêtants, sans pour autant que cela soit problématique pour sa santé. Mais on est d’accord : si on peut les éviter, pourquoi se gêner ?

 

Le souffle court et la tachycardie

Autant je n’en avais pas du tout souffert lors de ma deuxième grossesse, autant cela a été un énorme problème pour mois lors de ma dernière grossesse, et ce dès les premières semaines (je n’arrivais plus à aller courir avant même de savoir que j’étais enceinte). Selon les jours – et de façon totalement imprévisible- il m’arrivait de ne pas pouvoir faire un pas devant l’autre, voire même rester assise, sans me sentir essoufflée… Dans ces moment là, difficile de mettre un masque sur le visage. La sensation d’étouffement est trop intense. Il m’est même arrivé de devoir rentrer chez moi à peine la porte de mon atelier franchie tellement je sentais que ce jour là, “ça n’allait pas le faire”.

Mon conseil pour les jours où cela vous arrive : laissez tomber la fabrication, vous allez vous frustrer plus qu’autre chose. Si votre fatigue n’est pas trop grande, profitez-en pour faire de l’administratif ou du travail sur ordinateur.

Et pensez à vérifier votre taux de fer : pour ma part c’était bien cela le problème. Même supplémentée, j’étais encore en carence. (On pourrait en faire une blague de bijoutier : quel est le comble pour une personne qui travaille les métaux ? Avoir une carence en fer ! #demainjepostulechezcarambar) Après augmentation des doses, j’ai retrouvé mon souffle. Cela peut aussi provenir du bébé qui appuie sur les poumons, ou encore d’une oxygénation du sang qui est moindre durant ces 9 mois.

La station debout et les chutes de tension

Cela va souvent de paire avec le souffle court. Pour éviter le malaise vagal, mieux vaut éviter de faire du polissage, la station debout étant particulièrement pénible. S’il ne vous est pas possible de vous reposer, alors privilégiez les travaux ne nécessitant pas de vous lever.

En cas de vertiges, stoppez toute activité : au mieux vous raterez votre ouvrage, au pire vous piquerez du nez devant votre chalumeau.

Le mieux est toujours de consulter votre médecin si cela persiste, demandez lui particulièrement de prêter attention à votre taux de fer et à votre tension (pour la tension, sachez que la réglisse aide bien).

 

Soulager son dos

Qui dit ventre proéminent, dit malheureusement bien souvent douleurs dorsales ! Enceinte, outre la cambrure que l’on adopte naturellement, il suffit d’une mauvaise position durant la nuit et c’est la sciatique qui vous guette. Alors ne tendez pas la bâton pour vous faire battre et adaptez votre posture à l’établi. Ou l’établi à votre posture.

Voici mes conseils en matière d’ergonomie :
– choisir une chaise à roulette pour se déplacer plus facilement et éviter de se lever trop souvent,
– abaisser très légèrement son assise pour élever un peu plus les coudes, et ainsi se tenir le dos bien droit,
– s’interdire de croiser les jambes ! Sinon mal de dos garanti…. déjà que cela risque d’être le cas, ne l’aggravez pas !
– assise, l’idéal est de surélever légèrement vos pieds avec un petit cale-pieds ou une caisse en bois.
– se lever et marcher régulièrement, pour la circulation et l’oxygénation du sang.

Petit conseil : si le ballon de grossesse est un outil extrêmement efficace pour soulager le mal de dos, il n’est parfois pas judicieux de le mettre à l’établi ! Si vous êtes comme moi et que des “petits bouts de trucs et de machins divers” traînent par terre: il finira au mieux complètement sale, et au pire crevé.

 

**********

 

ADAPTER SES CREATIONS

Ce dernier conseil sera peut être le plus efficace. Ces 9 mois sont si précieux qu’il ne faut pas vous gâcher la vie à vous inquiéter de la nocivité de votre activité. Il y a déjà tellement d’autres paramètres changeant durant ce laps de temps, que vous préférerez parfois ne pas avoir à vous poser de questions.

Alors pourquoi ne pas en profiter pour créer différemment, utiliser des techniques “peu invasives” : utiliser les perles, le montage, trouver des apprêts pré-découpés, faire uniquement avec du fil recuit etc…

Pourquoi ne pas sous-traiter certaines étapes de la création lorsque c’est possible ? Le soudage, le polissage…

Comme je l’expliquais plus haut, lors de ma seconde grossesse, j’ai très vite été sujette aux chutes de tension. J’avais le souffle très court, de la tachycardie et des difficultés à respirer durant toute ma grossesse. Rien d’anormal selon ma sage-femme, mais plutôt pénible au quotidien. Le port du masque m’était littéralement insupportable. Je me voyais faire un malaise dès lors que je l’enfilais plus de 5 minutes. J’ai donc dû me résoudre à faire autrement. Et j’ai été plutôt radicale : j’ai carrément créé mes collections en fonctions de leur fabrication. Pas ou peu de soudure (que j’ai un peu sous-traité), et quasiment aucun polissage. Merci la dorure matte 😀

Pour ma première grossesse, j’avais décidé de faire une collection aux finitions martelées. Je n’avais pas envisagé que cela allait me faire forcer de trop sur mon ventre. Donc au bout de quelques temps, j’ai sagement arrêté pour sous-traiter cette tâche à des stagiaires afin de préserver mon ventre.

Si cela est envisageable pour vous, alors je vous invite à revoir votre processus de création et de fabrication. Cela pourra avoir également un effet bénéfique sur votre créativité et sur votre capacité à vous réinventer !

 

EN CONCLUSION

Il va de soi que ces conseils et ces précautions doivent être, si possible, privilégiées dans votre quotidien de bijoutier. Les produits chimiques ne sont pas moins dangereux en dehors de la grossesse. Malheureusement, on ne se pose souvent ce genre de question que durant cette période, pas avant.

Gardez également en tête qu’à ce jour, les experts sont incapables de dire quand, combien, ou comment l’alcool se transmet au fœtus par exemple. Alors vous imaginez bien que l’on n’en sait pas vraiment plus pour d’autres produits chimiques… Alors oui, dans le doute, s’abstenir. Mais ne stressez pas trop tout de même et vivez une vie normale de créatrice, avec un peu de bon sens et quelques précautions supplémentaires 😉

Partager l'article
  •  
  •   
  •  
  •  

You may also like

2 comments

  1. Bonjour Melanie;
    je suis ravi par vos conseils, je me lance dans ce secteur et voudrais savoir si vous me répondrez si j’ai des questions précises à vous poser.
    Rémy

    1. Bonjour Rémy,
      Ravie de voir que mon blog peut servir ! N’hésitez pas à me poser vos questions, idéalement en commentaire pour que tout le monde en profite. Cependant je n’ai que très très peu de temps en ce moment, aussi excusez moi si je mets parfois du temps à répondre.
      Mélanie

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Apprenez comment les données de vos commentaires sont utilisées.