10 choses que j’aurais aimé savoir avant de me lancer en tant que créatrice de bijoux

10 choses que j'aurais aimé savoir avant de me lancer en tant que créatrice de bijoux


Se lancer dans le grand bain de la création de bijoux, c’est souvent galvanisant (qui a saisi le jeu de mots ?)

Et puis parfois, il y de petites “douches froides” que l’on aurait bien aimé ne jamais connaître.

Pourquoi personne ne nous a jamais prévenu ? Est-ce pareil pour les autres ?

Voici 10 choses que j’aurais bien aimé savoir avant de me lancer.

Juste pour pouvoir m’y préparer, et parfois les éviter…



1. MIEUX VAUT FAIT QUE PARFAIT

aka : la procrastination intelligente reste de la procrastination.
aka : les cartes de visite c’est se-con-daire.

C’est une réalité, et un écueil dans lequel je suis tombée à maintes reprises et auquel on ne me reprendra pas.

Ce conseil est valable pour de nombreux métiers, et même si de prime abord cela peut sembler antinomique avec la bijouterie, il n’en est rien.

Bien entendu, un bijou se doit d’être parfait et beau pour être vendable.

Mais voilà le conseil que j’aurais aimé entendre : n’attends pas de maîtriser toutes les techniques les plus avancées, ou d’avoir tout le matériel adéquat, pour commencer à créer, à t’exercer.

Tu ne sais pas sertir ? Et bien fais des bijoux sans pierres.

Tu n’as pas ton poinçon de maître ? Commence par proposer des créations en laiton.

Tu n’as pas encore investi dans un tour à polir et ne peux donc pas obtenir un poli miroir ? Le satiné peut être plus facile et abordable, alors lance-toi.

Idem côté “business” : n’attends pas d’avoir la carte de visite, le logo apposé sur vos écrins, le catalogue avec photos pros et un site web bien léché pour commencer à créer et vendre.

Pour commencer à vendre, tu as besoin :

  • de bijoux
  • d’être déclaré(e)
  • et c’est tout

Je ne dis pas que le reste n’est pas important. Mais combien de stagiaires, amies, apprentis, ai-je vu remettre au lendemain la vente de leurs créations car ils n’étaient pas très sûr du nom de leur marque ? Refuser une place sur événement car elles n’avaient pas encore de carte de visite ?

Oui, c’est dommage de ne pas en avoir. Oui, c’est mieux d’avoir un beau logo et un site. Mais ce n’est pas l’essentiel.

Mieux vaut un bon “FAIT !” qu’un lointain “PARFAIT PAS FAIT” 😉

PS : je vais t’avouer : je n’ai moi-même pas de cartes de visites pour mon activité de blog / formation, mon logo a été créé il y a 6 mois seulement alors que ce blog a 2 ans, et je n’ai toujours pas de caméra digne de ce nom pour filmer mes vidéos Youtube…



2. NE PAS CONFONDRE VITESSE ET PRECIPITATION

C’était ma prof de piano, à l’époque, qui me le répétait sans cesse. Et elle avait tant raison. Cela s’entendait tout de suite dans l’enchaînement des notes. Aller vite ne veut pas dire se précipiter. Il y a beaucoup plus de maîtrise nécessaire.

Et encore une fois, j’aurais dû écouter ce conseil lors de mon apprentissage de la bijouterie.

A vouloir aller trop vite, je me suis souvent retrouvée avec des retours, des bijoux qui cassaient, une qualité laissant parfois à désirer…

Dans un souci de “rentabilité”, j’avais malheureusement “rogné” sur ma marge personnelle et donc sur mon temps de main d’oeuvre. Cela me semblait être la seule option, aller plus vite, économiser sur le geste.

La suite m’a montré que ce n’était pas la bonne solution, qu’au contraire je finissais par perdre du temps (et des clients).

Et qu’il existait d’autres options. Se laisser le temps en amont, pour avancer bien plus vite et de façon maîtrisée.



3. PENSER A SE REMUNERER (DES LE DEBUT)

En lien avec le point précédent, pour éviter d’avoir à composer avec des marges aléatoires, des revendeurs inattendus, et des clients mécontents par une hausse des prix intempestive : il faut absolument bien calculer ses tarifs.

Et par là j’entends ne pas sous-estimer le point clé et essentiel : se rémunérer à sa juste valeur (ou tout du moins à hauteur de son temps de travail)

Pour t’aider, voici 2 précédents articles qui traitent de ce sujet (et dans lequel j’offre mon propre tableau de calcul) :



4. TU VAS TE SENTIR SEUL(E). ET C’EST OK.

Sans doute que ton mari va t’écouter d’une oreille et hocher la tête négligemment pour te faire plaisir.

Peut-être tes parents te diront-ils que tu es folle, que les temps sont durs, et que ce n’est pas une “vraie” situation.

Tes amies te demanderont si tu peux te rendre dispos pour une après midi shopping car après tout “tu ne travailles pas, toi”.

Nul doute que ta demande de place en crèche pour le petit dernier sera rejetée car après tout, t’es à domicile.

Même les administrations t’ignoreront au point que tu ne trouveras jamais la bonne case à cocher entre “sans emploi / étudiant / retraité / profession libérale / fonctionnaire / salarié / au foyer”.

Oui, tu te sentiras seule, souvent. Parmi les tiens. Mais c’est ok, c’est normal. Ton entourage veut ton bien, et n’est pas toujours “cablé” comme toi.

Nous sommes nombreux à ressentir cela.

Et c’est de là que tu devras puiser ta force.



5. PENSE A T’ENTOURER DE PERSONNES COMME TOI

La solitude de l’artisan/entrepreneur n’est pas une fatalité.

Je l’ai compris au moment où j’ai ouvert ma boutique-atelier. J’ai pu rencontrer beaucoup d’autres commerçants, artisans. On a beaucoup discuté, échangé. J’ai eu l’impression de ne plus parler dans le vide.

Et c’est lors d’un événement de quartier, qui a eu lieu dans mon atelier et dans ma cours, que l’émulation a pris.

Nous étions 6 créatrices, dans des univers différents (mais 3 en bijoux) et nous avons parlé de nos états d’âmes, nos points communs.

Bien s'entourer lorsqu'on est créatrice est essentiel

Et ce soir là, on a décidé de constituer une “team de créateurs” (via Etsy). Projet fou entre les fous : nous avons commencé par rencontrer les créateurs de la région lors d’apéros. Nous avons organisé des sessions de formation sur plein de sujets, pour s’entraider. Nous avons partagé nos doutes, nos victoires, on a appris à se connaître.

On s’est sentis moins seuls, entourés, et plus forts. On a élevé nos attentes, on s’est soutenus.

Puis nous avons ouvert un magasin, durant 3 mois, avec 80 créateurs européens. Et ça a cartonné.

Bien s’entourer, c’est important, et ça peut faire la différence.

D’ailleurs, même si cela reste du virtuel, je te conseille d’intégrer le groupe privé d’entraide pour les débutants en bijouterie. Tu y trouveras plusieurs centaines d’épaules sur qui compter 😉



6. TU PEUX DIRE “NON”.

Voilà un véritable atout sous-estimé.

Lorsque tu es à ton comptes : tu as une carte “joker” permanente entre tes mains.

Si tu as un jour, toi aussi, été salarié, tu connais alors ce sentiment d’avoir envie d’envoyer valser *poliment et en toute grâce, bien entendu* ce client / collègues / patron / collaborateur / tyran (rayer la mention inutile) qui te pourrit la vie, ta boite mail et accessoirement tes nuits paisibles.

Et bien la bonne nouvelle, quand t’es ton propre patron, c’est que… tu peux le faire !

Je vais te donner la meilleure façon de refuser de collaborer avec quelqu’un tout en gardant ta dignité et ta voix.

Il suffit tout simplement d’annoncer un tarif pro-hi-bi-tif.

Au pire ? Il acceptera (tu auras donc quelques heures moins paisibles devant toi, mais du beurre dans tes épinards à la fin du mois)

Au mieux : il décline, et tu es débarrassé de cette épine dans le pied, tout en n’ayant jamais rien refusé et en restant courtois et professionnel !



7. A PROJET SPECIAL, TARIF (ET CONDITIONS) SPECIALES.


Alors là, je suis tombée dans le panneau trop de fois pour ne pas en faire profiter d’autres créateurs en devenir…

Si une marque / une personne / une entreprise te propose un beau projet, un gros projet, un projet fou… ne fais pas comme moi :

  • sois clair et ferme sur tes délais.
  • demande un maximum de précisions sur les attentes et le nombre de “retouches” ou retours que tu accepteras.
  • demande un paiement d’avance + une avance sur frais.
  • pour des demandes sur-mesure ou personnalisées : augmente tes tarifs. Pas l’inverse ! (négocier les prix c’est valable pour des produits déjà dans tes collections)

Ainsi, tu t’éviteras :

  • de créer 172 colliers en argent personnalisés pour une marque qui n’en vendra que 50 (oups ! pardon on a mal calculé le prévisionnel… on te paye que les 50 du coup !)
  • de fabriquer 250 bijoux à la demande pour une entreprise qui finira par mettre la clé sous la porte du jour au lendemain (avec dette impayée…)
  • d’octroyer une remise de 20% pour 7 bracelets à une jeune mariée qui, très heureuse de tes services, te demandera des retouches et changera d’avis durant 3 mois… 3 MOIS ET 15 RETOUCHES POUR DES JONCS MOITIE PRIX !!! (je m’en remets pas de ma bêtise…) (j’ai même pas eu de dragées)

Oui, ça sent le vécu, c’est du vécu. Et encore, ce n’est qu’un échantillon…

Depuis j’ai arrêté les demandes sur-mesure. Pour les gros contrats : je définis bien avant, et me fais payer avant. Sinon, c’est non.

Bref… sois tu déclines, sois tu te protèges et prévois le coup en amont 😀



8. ON NE PEUT PAS ETRE BON DANS TOUS LES DOMAINES


Là, clairement, j’aurais bien aimé le réaliser plus tôt avant de crouler sous le travail.

A vouloir faire sa comptabilité, ses photos, son site internet, son logo, son commercial… on en oublie de faire des bijoux.

Acquérir des compétences, c’est vraiment chouette. Et tout déléguer n’est pas forcément possible dès les débuts.

Mais vraiment, petit à petit, choisis ce dans quoi tu veux vraiment investir ton temps. Et délégue déleste ce qui te ralentit ou t’ennuie le plus.

(au hasard, la comptabilité ?)

Pour ma part j’ai réalisé un gain de temps, d’argent mais aussi de qualité et d’image lorsque j’ai décidé de sous-traiter les photos de mes bijoux.

Bien entendu, je me forme dessus à côté, et ne suis pas mauvaise pour les natures mortes et fonds blancs. Je les fais souvent moi-même.

Mais clairement, les shootings d’ambiance, sur mannequin, il y a des gens très qualifiés et doués pour cela. Et je me suis enlevé une fière chandelle du pied lorsque j’ai enfin délégué cette partie.

Pour d’autres, ce sera plutôt le marketing ou le commercial. Chacun ses affinités. Mais dès que tu le peux, fais-le, cela te sauvera ton business !



9. LE SUCCÈS NE VIENT PAS EN UN JOUR.


Tu as créé une magnifique collection, pris soin de faire de belles photos, tu as même payé un webdesigner pour faire un site des plus esthétiques et ergonomiques possible.

Tu as bien suivi toutes les recommandations, rempli ta page insta durant des semaines, fait un bon teasing. Sur le papier, tout est coché.

Tu cliques sur la mise en ligne de ton site, tu annonces la sortie de ta première collection et…. rien ne se passe.

Voilà, c’est en général comme cela que l’on commence. 😀

J’exagère un peu, évidemment, mais ne sois pas déçu si le succès arrive lentement.

Oui, on a tous vu, lu, entendu, des success stories de créateurs qui connaissent une ascension fulgurante. Ce sont ces histoires qui nous font vibrer, avancer, croire en nous et en notre projet.

La réalité, c’est que c’est l’arbre qui cache la forêt : en vrai au début, on rame. Et c’est normal.

La seule chose qu’il faut garder en tête c’est la motivation. Ne baisse pas les bras. La patience et la persévérance finissent toujours par payer (au sens propre comme au figuré).



10. N’OUBLIE JAMAIS D’Y PRENDRE DU PLAISIR. TOUS LES JOURS.


Il arrive qu’on perde un peu en chemin le “pourquoi” on s’est lancé dans ce métier.

La création de bijou n’est pas un métier comme les autres. C’est un métier “d’art”, de passion. On y met les mains autant que la tête.

Essaie de ressentir chaque jour cette même excitation et cette même satisfaction que lors de tes premiers bijoux, même les plus simples. Ceux qui vous ont fait dire qu’un jour, vous aimeriez bien en faire votre métier.

Aujourd’hui, c’est peut être le cas. Alors fais le chemin inverse et pense au moment où la création était ta passion. Et trouve un équilibre.

Pour cela, écoute ton intuition : fais ce qui te plait, pas ce qu’il est d’usage de faire.

Accroche toi-le en lettres capitales devant ton établis : prends du plaisir à faire ce que tu fais. C’est pour cela que tu l’as fait.

Et ne le perds jamais de vue.

Et toi, as-tu tiré des leçons de tes expériences passées ? Peux-tu nous en faire profiter ?

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6 comments

  1. Merci pour cette article, le lire un lundi donne une grande motivation pour toute la semaine…
    Je devrais mm l’imprimer et le lire chaque matin tellement tes phrases son motivante.
    Je suis a la frontière de ma vie…. En CDI en tant que salariée architecte depuis bien trop longtemps, je m’ennuie. J’ai touché mon premier bocfil il y a huit mois , une révélation… Aujourd’hui je suis en plein projet de demission, création d’une agence d’architecture (architecte a momon compte) et entreprise de création de bijoux…. Oui je veux tout…. Bcp me disent”’ca va pas la tête tu ne pourras jamais cumuler les deux”… Et ben on verra car je veux tout … Je ne veux pas être une grande architecte qui fait plein de gros projets en une année, je ne veux pas être une grande créatrice de bijoux….. Je veux juste vivre comme je l’entends… Bon j’avoue avoir carrément la peur au ventre car a un moment donné il faut gagner de l’argent…. J’ai pas encore de mari pour me servir d’épaule

  2. Merci pour cet article, il fait chaud au chœur et tellement écho en moi. Merci pour ta bienveillance et l’entraide que tu amènes dans cette profession qui est nouvelle pour moi.

  3. Super article qui reflète complétement ce par quoi je suis passée depuis 9 ans… (et passe encore). Les montagnes russes de ma vie professionnelle à mon compte 🙂
    Être à son compte en création de bijoux, c’est des hauts très hauts parfois, des bas très bas parfois, mais toujours cette sensation de victoire sur sa vie professionnelle (je trouve). Tout le monde n’a pas les épaules pour se lancer à son compte ! Et ça c’est déjà la première petite victoire en soi 😉 Un projet fou.
    Bon courage à celles qui se lancent, à celles qui se sont lancées, car le chemin est toujours parsemé d’épines, et de magnifiques victoires ! <3

  4. Merci Mélanie ! Quel super article qui regorge d’excellents conseils…

    Je ne suis pas créatrice à temps plein (émailleuse et créatrice de bijoux sur mon temps libre) mais devenir pro me taraude… En tant que passionnée, j’ai déjà vécu quelques expériences qui m’ont laissé quelques apprentissages :

    – Comme toi, je refuse les commandes personnalisées, surtout quand c’est pour des amis (d’amis)… une fois qu’on a mis le doigt dans l’engrenage, on refuse encore plus difficilement et on ne peut même pas jouer sur les tarifs pour décourager !

    – J’arrête de montrer mes créations aux amis et à la famille. Ils les trouvent super, c’est très encourageant, mais au final, je ne vends rien… je me retrouve à leur donner ! On m’avait conseillé de montrer les bijoux avec les prix, mais je n’ai jamais osé.

    – Le succès vient lentement… je confirme ! Première expo, des tonnes de compliments, mais aucune vente (enfin, sauf à la famille. Mais j’ai tellement fait de cadeaux, qu’au final, ça m’a coûté de l’argent 😀 )
    Du coup, je conseille de s’envisager comme une vendeuse autant que comme une créatrice. Prendre sa place, s’exposer, se préparer au contact commercial prend du temps. On rentre dans un rôle qui est différent et éloigné de la solitude de l’atelier.
    Moi j’avais surtout envie de partager mon travail et de rencontrer des gens (enfin ! ). Alors le jour de mon expo, certains finissaient par me demander “mais vous les vendez aussi, vos bijoux ? “/o\
    (Pourtant il y avait les prix… mais certainement pas assez visibles. Et mon petit mot avec le nom de ma marque était dans un coin du stand, pas assez visible non plus).
    Bref, il faut devenir un autre personnage pour vendre…

    Petite question annexe : quand on débute, on met plus de temps qu’un créateur aguerri. Alors comment rémunérer son temps de travail sans plomber le prix du bijou ? Je prends mon exemple personnel : faire une paire d’émaux prend 3h à plusieurs jours, selon la complexité. Plus le temps de création et de réalisation du bijou lui-même. Sans doute qu’un émailleur pro mettrait moins de temps… comment savoir ? Je ne peux pas faire payer ce temps de travail au client, parce qu’il n’est certainement pas juste et parce que mon bijou sera beaucoup beaucoup trop cher !

    Merci pour tous tes conseils précieux et bienveillants !

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