Depuis quelque temps, difficile de passer à côté de cette tendance : la colorimétrie.
Vous avez forcément vu passer ces vidéos sur Instagram ou TikTok : une personne est assise face caméra pendant qu’une autre fait défiler sous son menton une quantité assez impressionnante de grands tissus colorés.
Un coup du bleu. Puis du vert. Du rose. Du beige. Un autre bleu qui, pour le commun des mortels, ressemble quand même beaucoup au précédent.
Et tout à coup : révélation.
Le teint serait plus lumineux. Les cernes auraient disparu. Les yeux ressortiraient davantage.
Personnellement, j’avoue que je reste parfois assez perplexe devant mon écran à chercher désespérément ce que je suis censée voir.
Et pourtant, derrière ces vidéos devenues virales se cache une discipline qui est loin d’être nouvelle.
La colorimétrie, nouvelle tendance qui n’a rien de nouveau
Ce que l’on appelle aujourd’hui colorimétrie, ou analyse des couleurs personnelles, consiste à déterminer les couleurs supposées être les plus harmonieuses avec notre coloration naturelle : peau, yeux et cheveux.
La méthode dite des « quatre saisons » a connu un premier grand succès auprès du grand public dans les années 1980, notamment grâce au livre Color Me Beautiful de Carole Jackson.
Quarante ans plus tard, la voilà revenue sur le devant de la scène.
Elle accompagne notamment le développement de tout un univers autour du conseil en image, du personal styling et de ces nouveaux métiers qui nous aident à déterminer les couleurs, les coupes ou les vêtements censés le mieux nous mettre en valeur.
Et elle possède surtout aujourd’hui un outil que ses prédécesseurs des années 80 n’avaient pas : les réseaux sociaux.
Il faut reconnaître que le principe se prête particulièrement bien à la vidéo.
Un visage, des tissus que l’on fait défiler, un avant/après et une révélation finale :
« Vous êtes un automne doux ! »
De quoi donner immédiatement envie de savoir ce que l’on est.
Une histoire de saisons
Dans sa version la plus connue, la colorimétrie classe les personnes en quatre grandes familles :
Le printemps et l’automne correspondent plutôt aux colorations dites chaudes.
L’été et l’hiver aux colorations dites froides.
À cela s’ajoutent ensuite d’autres critères : la luminosité, la profondeur, le contraste, l’intensité des couleurs…
Et comme quatre catégories ne suffisaient manifestement plus, les systèmes contemporains en utilisent souvent douze, voire davantage : hiver profond, hiver lumineux, automne doux, printemps clair, etc.
Sur le papier, tout cela paraît assez précis.
Quand on débute, beaucoup moins.
Car il faut déjà réussir à déterminer si sa peau est chaude ou froide, ce qui n’a d’ailleurs rien à voir avec le fait d’avoir la peau claire ou foncée.
Puis comprendre pourquoi ce bleu-là nous illuminerait alors que cet autre bleu, situé approximativement trois centimètres plus loin sur le nuancier, nous donnerait subitement dix ans de plus.
Je caricature un peu. Mais à peine.

Et il suffit de regarder les commentaires sous certaines de ces vidéos pour constater que nous ne voyons manifestement pas tous la même chose.
“Elle est hiver, c’est certain”
“100% printemps !”
“Magnifique été intense”
Et la styliste de répondre “Automne, évidemment !”
Vraiment, y a plus d’saisons, ma pauv’dame…
Et c’est précisément en découvrant tout cela qu’une autre question m’est venue : qu’en est-il de nos bijoux ?
Parce qu’en colorimétrie, eux aussi sont concernés.
Or ou argent : la colorimétrie a une réponse
La règle est assez simple.
Les sous-tons froids seraient davantage mis en valeur par les métaux blancs : argent, platine, or blanc, rhodium.
Les sous-tons chauds s’accorderaient mieux avec les métaux aux tonalités chaudes : or jaune, or rose, cuivre, bronze.
Et les personnes possédant un sous-ton neutre pourraient théoriquement piocher des deux côtés.
C’est d’ailleurs l’un des tests régulièrement utilisés pour tenter de déterminer son sous-ton : placer successivement de l’or et de l’argent près de son visage et regarder lequel semble le plus harmonieux.
C’est ainsi que j’ai découvert une information pour le moins contrariante :
je serais plutôt argent.
Moi qui porte de l’or depuis… trente ans.
Et le pire, c’est que lorsque j’ai réellement pris le temps de regarder, j’ai dû admettre une chose : oui, l’argent ressort très bien sur ma peau.
Bon. Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait de cette information ?
Parce qu’en matière de bijoux, les habitudes ont la dent dure
Nous le savons bien en tant que créatrices : lorsque l’on fabrique ou que l’on vend des bijoux, c’est une remarque que l’on entend constamment :
« Vous ne l’auriez pas en argent ? »
Ou, à l’inverse :
« J’adore, mais moi je ne porte que de l’or. »
Certaines personnes naviguent très facilement entre les deux. Mais d’autres ont véritablement leur couleur.
Elles ne disent d’ailleurs pas forcément : « l’or me va mieux ».
Elles disent : « Je suis or. »
Comme si la couleur du métal faisait presque partie de leur identité.
Et je trouve cela intéressant, car cette préférence est probablement beaucoup plus complexe qu’une simple histoire de sous-ton de peau.
Pourquoi se dit-on « or » ou « argent » ?
Nous avons tendance à considérer nos goûts comme quelque chose de purement personnel.
Pourtant, notre rapport aux bijoux est aussi culturel, familial, générationnel et social.
Et pour comprendre pourquoi certaines personnes sont si profondément attachées à l’or ou à l’argent, il faut se rappeler que pendant très longtemps, un bijou n’était pas seulement un accessoire de mode.
L’or n’était pas qu’une couleur
Pendant des siècles, posséder de l’or a signifié posséder de la valeur.
Le bijou pouvait être décoratif, bien sûr, mais également constituer un patrimoine transportable, transmissible et parfois une véritable réserve financière.
Cette dimension existe toujours. Elle est particulièrement visible dans certaines cultures, notamment en Inde, où l’or occupe encore aujourd’hui une place centrale dans les mariages et les transmissions familiales.
Et sans aller jusqu’en Inde, nous connaissons parfaitement cette dimension patrimoniale en Europe.
Les alliances, les médailles, les gourmettes, la chaîne offerte pour un baptême ou une communion, la bague de grand-mère, le bijou que l’on reçoit pour ses 18 ans.
Pendant longtemps, on possédait relativement peu de bijoux précieux. On les recevait, on les gardait et on les transmettait.
Et très souvent, ils étaient en or.
L’argent véhicule une autre image
L’argent n’est évidemment pas un métal récent en bijouterie. Il est travaillé depuis l’Antiquité.
En revanche, dans notre imaginaire occidental contemporain, le bijou argenté a longtemps véhiculé une image assez différente de celle de l’or jaune.
Plus accessible financièrement, il a facilement été associé au bijou que l’on achète soi-même, au bijou de jeune fille, au bijou plus décontracté.
Les métaux blancs se sont également beaucoup installés dans la bijouterie masculine : chaînes, chevalières, bracelets, montres…
Et esthétiquement, l’argent a longtemps correspondu à une certaine idée de la modernité : quelque chose de plus sobre, graphique, minimaliste, parfois rock.
À l’inverse, l’or jaune pouvait être perçu, selon les époques, comme plus traditionnel, plus statutaire… voire parfois un peu vieillot.
Puis les tendances se sont inversées. Et demain ?
Et puis il y a ce que nous avons vu toute notre vie
Il ne faut pas non plus sous-estimer l’habitude.
Si votre mère portait de l’or, que votre grand-mère portait de l’or et que les premiers « vrais » bijoux que vous avez reçus étaient en or, il est assez logique que cette couleur vous semble naturelle. Votre œil s’est habitué à vous voir ainsi.
À l’inverse, quelqu’un qui porte exclusivement de l’argent depuis l’adolescence pourra essayer une paire de créoles dorées parfaitement adaptée à son teint et avoir immédiatement l’impression :
« Ce n’est pas moi. »
Et c’est peut-être là que la colorimétrie atteint une première limite.
Elle cherche à déterminer ce qui s’harmonise le mieux avec notre coloration naturelle.
Mais elle ne peut pas déterminer à elle seule ce qui nous ressemble.
Design et métal : pas si facile d’intervertir les couleurs
C’est aussi quelque chose que j’observe en tant que bijoutière.
Techniquement, beaucoup de bijoux peuvent parfaitement exister dans les deux couleurs.
Prenez un modèle en argent. Réalisez-le en or ou recouvrez-le d’or par galvanoplastie : sa forme n’a pas changé.
Et pourtant, visuellement, ce n’est parfois plus du tout le même bijou.
Certains dessins prennent toute leur force en métal blanc.
L’argent peut accentuer un côté minéral, graphique, brut ou contemporain.
La couleur dorée saura mettre en valeur une pierre mieux que l’argent.
Certaines formes semblent presque avoir été pensées pour l’or : la couleur chaude participe à leur caractère, leur donne de la profondeur, un côté solaire, antique ou précieux.
Ce n’est évidemment pas une règle universelle. La grande majorité des bijoux fonctionnent très bien dans plusieurs finitions.
Mais lorsque j’ai découvert que l’argent m’allait probablement mieux, j’ai justement essayé de passer certains de mes bijoux dorés en blanc.
Et là : le couac.
J’avais beau constater que cette couleur fonctionnait très bien avec ma peau, je préférais ces bijoux en or.
Ce bijou-là, je l’avais pensé doré.
La démocratisation de la bijouterie a complètement changé notre rapport à la couleur
Il y a cependant une différence fondamentale entre notre génération et celles qui nous ont précédés : nous possédons beaucoup plus de bijoux.
La bijouterie fantaisie, le plaqué or, l’argent, l’acier, le vermeil, le Gold Filled et les nombreuses techniques de traitement de surface ont rendu le bijou beaucoup plus accessible.
Le bijou n’est plus nécessairement cet objet précieux que l’on achète trois fois dans sa vie et que l’on transmettra à ses enfants.
Il est aussi devenu un accessoire.
Et lorsqu’un objet devient un accessoire de mode, on s’autorise beaucoup plus facilement à changer d’avis.
On peut avoir porté exclusivement de l’argent à 20 ans et ne jurer que par l’or à 35.
Revenir au blanc quelques années plus tard. (oui, je parle de moi là 😅)
Porter de l’or l’été et davantage d’argent l’hiver.
Choisir selon ses vêtements, ses lunettes, ses cheveux. Ou simplement selon le bijou, ou encore son humeur.
Nous avons désormais suffisamment de choix pour ne plus avoir à être fidèles à une seule couleur.
Mieux encore : on peut mélanger l’or et l’argent
Voilà une autre règle qui a sérieusement pris du plomb dans l’aile.
Pendant longtemps, mélanger les métaux était considéré comme une faute de goût.
Il fallait presque construire toute sa boîte à bijoux autour de “sa” couleur.
Aujourd’hui, ce n’est plus si radical.
On superpose des chaînes dorées et argentées, on accumule des bagues de plusieurs couleurs, on mélange montre en acier et bracelets en or, et les créateurs proposent directement des bijoux bicolores.
Le mélange des métaux n’est plus quelque chose que l’on tolère : il devient un choix esthétique en soi, et même une tendance qui – a priori – devrait s’accentuer dans les prochaines années.
Elle correspond parfaitement à l’évolution actuelle de la bijouterie : moins de règles figées, davantage d’accumulation, de personnalisation et de mélanges.
Peut-être que dans quelques années, demander à quelqu’un s’il est « or ou argent » semblera aussi restrictif que de lui demander s’il porte uniquement du bleu ou uniquement du vert.
Mais alors, la colorimétrie, on en fait quoi ?
On revient finalement à notre point de départ.
Admettons que l’argent illumine davantage votre teint.
Vous le voyez, votre colorimétriste le voit, peut-être même avec un peu de chance que votre entourage le voit.
Mais vous, vous préférez l’or.
Qui gagne ?
Parce qu’il y a une question que je me pose régulièrement devant certaines démonstrations de colorimétrie : si personne ne voit la différence sans qu’on lui explique précisément où regarder… est-ce vraiment si important ?
La colorimétrie peut révéler des choses intéressantes.
Certaines couleurs peuvent accentuer des rougeurs ou des ombres tandis que d’autres semblent rendre un visage plus lumineux. Et lorsqu’une différence est flagrante, pourquoi ne pas s’en servir ?
Et j’ai même cette impression que naturellement, avec l’âge et l’expérience, on devient attirée vers ce qui nous sied mieux.
Mais un bijou n’est pas un fond de teint. Son rôle n’est pas nécessairement de se fondre harmonieusement avec notre peau.
Il peut justement être là pour contraster, ou pour attirer le regard. Pourquoi pas “casser” une tenue, ou juste être remarqué.
Car tous les bijoux ne sont pas placés près du visage
Si votre objectif est réellement d’appliquer les principes de colorimétrie à vos bijoux, il serait d’ailleurs plus logique de commencer par ceux qui se trouvent près du visage : boucles d’oreilles, colliers courts, pendentifs.
Ce sont eux qui peuvent réellement modifier la perception immédiate du teint.
Pour une bague portée au bout de la main ou un bracelet, la question devient déjà différente.
On peut parfaitement constater que l’argent contraste mieux avec la peau de son poignet.
Mais savoir si cela vous donne meilleure mine devient tout de suite beaucoup plus conceptuel.
Rien n’empêche donc d’utiliser l’argent près du visage parce qu’il vous met particulièrement en valeur et de conserver toutes vos bagues dorées parce que vous les adorez.
Encore une règle dont on peut finalement assez facilement se débarrasser.
Comment connaître sa propre colorimétrie en matière de bijoux ?
Si toute cette histoire vous a donné envie de savoir si vous êtes plutôt or ou argent, pas besoin de prendre immédiatement rendez-vous avec une conseillère en image.
Vous pouvez déjà faire un petit test très simple chez vous.
Et pour cela, il existe un accessoire assez génial : la couverture de survie.
Oui, celle que l’on garde normalement dans la voiture ou dans la trousse de secours.
Elle a un avantage parfait pour notre expérience : un côté doré et un côté argenté. Autrement dit, exactement ce qu’il nous faut.
Placez-vous dans une pièce bien éclairée, idéalement en lumière naturelle, sans lumière trop jaune ni trop froide.
Évitez si possible le maquillage très couvrant, puis placez successivement le côté doré et le côté argenté de la couverture sous votre visage, comme dans les fameuses vidéos de colorimétrie.
Et observez.
Le but n’est pas forcément de vous demander : « Est-ce que je suis plus jolie en or ou en argent ? »
Essayez plutôt de regarder quelques détails précis :
- Est-ce qu’un côté donne l’impression d’un teint plus uniforme ?
- Est-ce que les cernes semblent davantage ressortir avec l’une des couleurs ?
- Certaines rougeurs paraissent-elles plus visibles ?
- Votre peau semble-t-elle plus lumineuse ?
- Vos yeux ressortent-ils davantage ?
- Est-ce qu’une couleur vous donne au contraire l’air plus gris, jaune ou fatigué ?
Et surtout : est-ce que vous voyez réellement une différence ?
Parce que c’est peut-être la question la plus importante de toutes.
Puis faites le test avec de vrais bijoux
La couverture de survie permet de comparer deux grandes surfaces de couleur, ce qui rend forcément les différences plus visibles. Mais ensuite, faites le test avec ce que vous porterez réellement.
Prenez deux paires de boucles d’oreilles de taille similaire, l’une argentée et l’autre dorée.
Car il peut très bien arriver que l’argent gagne haut la main avec cinquante centimètres carrés de couverture de survie sous le menton… et que dans la vraie vie, avec une petite créole de deux centimètres, la différence soit beaucoup moins spectaculaire.
Et c’est quand même ce deuxième cas qui nous intéresse le plus.
Et si vous découvrez que vous avez tout faux depuis vingt ans ?
C’est là que ça devient amusant.
Vous portez de l’or depuis toujours. Vous faites le test. Verdict : l’argent vous va manifestement mieux.
Première possibilité : vous prenez cette découverte comme une invitation à essayer autre chose.
Vous testez quelques bijoux argentés, vous mélangez davantage les métaux ou vous regardez certains de vos anciens bijoux différemment.
Et aujourd’hui, changer la couleur d’un bijou est devenu beaucoup plus accessible qu’on ne l’imagine.
Grâce à la galvanoplastie, on peut déposer une très fine couche de métal à la surface d’un bijou et donc modifier sa finition : le dorer, l’argenter, le rhodier ou lui donner une autre tonalité.
Et contrairement à l’image très industrielle que l’on peut avoir de cette technique, il est tout à fait possible de se créer un petit poste de galvanoplastie dans son atelier, avec du matériel relativement simple.
Autrement dit, si vous découvrez soudainement que certains de vos bijoux vous plairaient davantage dans une autre couleur, ce n’est plus forcément une idée si compliquée à mettre en pratique.
Et si le sujet vous intéresse, restez connectés : je vais justement vous apprendre très bientôt comment réaliser vous-même ce type de finitions.
Deuxième possibilité : vous vous en fichez complètement.
Et c’est une excellente option aussi.
Parce que la colorimétrie reste un outil, pas une obligation.
Si votre peau préfère théoriquement l’argent mais que vous, vous préférez largement l’or, je pense qu’on sait quand même laquelle des deux opinions compte le plus.
Alors sortez votre couverture de survie, bien qu’on soit d’accord que ce n’en soit pas une question (de survie… vous suivez ?)
Transformez votre salon en cabinet de colorimétrie pendant cinq minutes. Et dites-moi en commentaire ce que vous avez découvert : Team or ? Team argent ? Les deux ?
Ou team :
« Je ne vois absolument aucune différence et je vais continuer ma vie comme avant » ?
Plus sérieusement : vous étiez-vous déjà interessé.e à cette question de colorimétrie ? L’utilisez-vous pour vos client.es ?

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