S’ABSENTER LORSQUE L’ON EST A SON COMPTE

 

Je reviens aujourd’hui sur la pointe des pieds, hésitant entre l’envie de faire comme si de rien n’était, et celle de m’excuser… Après tout, j’imagine bien que personne ne m’en veut vraiment de ne pas avoir écrit d’article durant plusieurs semaines. Mais moi je m’en veux un peu… Il faut dire que c’est le début de l’année, et j’avais comme bonne résolution d’écrire au minimum 1 article par semaine sur ce blog. Mais il y avait également, tout en haut de ma liste : “la famille d’abord, quoi qu’il en soit”. Bilan : 1 article en 2 mois, mais un repos salvateur et mon réservoir affectif gonflé à bloc. J’ai dû gérer l’imprévu et cela n’est pas une mince affaire lorsque l’on est à son compte. Ces quelques jours de repos m’ont donné l’occasion de penser à ce sujet, et l’envie d’en faire un article. Comment prévoir l’imprévisible? Comment s’absenter de sa petite entreprise lorsque l’on est à son compte ?

Voici donc quelques humbles conseils, tirés de ma propre expérience. Ces dernières semaines j’ai eu à gérer en priorité d’autres choses que mon entreprise (et ce blog). Ce n’est pas la première fois que je m’absente, mais c’était jusqu’alors des moments prévus de mon propre chef.  Que ce soit de façon volontaire ou “subie” (comme ce fût le cas ces derniers jours), toute la difficulté est d’arriver à appréhender ces périodes de façon sereine pour garder une activité pérenne quoi qu’il en soit.

Mon secret n’en est pas un : le maître mot est l’organisation, vous vous en doutez. Mais que cette indisponibilité soit prévue ou non, je distinguerais tout de même 3 situations différentes : l’indisponibilité moyen ou long terme, l’indisponibilité court terme, et la plus difficile à appréhender : l’indisponibilité sans échéance.

 

PRÉVOIR UNE LONGUE ABSENCE : ANTICIPER, PLANIFIER, DÉLÉGUER

En 2012, alors que je venais tout juste de quitter mon travail salarié pour me lancer à plein temps dans la fabrication de bijoux, nous avons décidé avec mon homme de partir 6 mois en Amérique Latine. Voilà. Sinon c’était trop simple. J’ai donc appris à planifier ces 6 mois et surtout à déléguer.

En 2013, je rentrais du Brésil bronzée et enceinte. Voilà une situation qui, bien qu’attendue avec impatience, peut s’avérer une grande source de stress pour une personne à son compte. Ma grossesse a été relativement facile et peu “handicapante” pour mon travail, mais cela aurait très bien pu être le contraire. Et si j’avais dû être alitée par exemple ? J’étais également consciente que les premiers mois avec un nourrisson seraient très prenants. Je n’ai pas pris de risque et j’ai là aussi organisé mon absence. Il m’a fallu anticiper pour parer à chaque éventualité, et m’aménager un temps de repos et d’adaptation avec bébé.

Sachant que j’allais donc être indisponible pendant un temps donné, voici comment j’ai organisé mes “évasions”, en quelques mois :

  • Anticipation : J’ai anticipé le travail à fournir, notamment les futures collections. Lors de mon absence de 6 mois, j’avais prévu 2 collections “sous le coude” et une collection capsule supplémentaire. Je me lançais et avais alors toute la fougue et l’énergie nécessaire pour que mon absence ne se fasse pas ressentir sur mon business. Je n’avais d’ailleurs pas prévenu mes partenaires et  boutiques, pensant que cela passerait inaperçu. Avec le recul, je ne le conseille pas : après tout, nous sommes notre entreprise. Autant prévenir clairement d’une indisponibilité éventuelle pour éviter tout malentendu par la suite.

 

  • Optimisation : de la création, de la production et de la logistique. J’ai par exemple scindé en deux une collection que j’avais imaginée, composée de 24 références. D’un coup de baguette magique, j’avais dans mon sac deux collections de 12 références. C’est aussi simple que ça ! J’avais également créé une collection capsule qui déclinait un modèle unique en 12 couleurs.

 

  • Accélération : J’ai augmenté ma cadence de fabrication : j’y ai travaillé jour et nuit, soir et week ends. J’ai sous-traité ce qui était sous-traitable, j’ai demandé un coup de main à une camarade de l’école de bijouterie, j’ai délégué les gestes moins précis mais chronophages à ma mère (totalement novice en bijouterie mais toute aide est bonne à prendre, et cela m’a grandement aidé !) et j’ai pris des stagiaires pour m’aider.

 

  • Priorisation : J’ai analysé ce qui était nécessaire à mon entreprise, et ce qui était secondaire. Pas de salons ni de quelconque événement. Communication et amélioration du merchandising attendront. Les photos ne seront pas sur modèle mais uniquement en nature morte, voire en fond blanc. En revanche, j’ai soigné mes vitrines : j’ai pris du temps pour élaborer un beau catalogue et refondre mon site internet.

 

  • Procédure : J’ai décortiqué et mis par écrit toutes les actions requises. C’est sans aucun doute le point le plus important et le plus bénéfique qui m’ait été donné de faire ! J’ai pu me rendre compte de tout un tas de choses : des incohérences, des manquements, des choses inutiles, des améliorations a apporter. Cela a mis a plat mon organisation et me sert encore aujourd’hui de support.

 

  • Délégation : Enfin, j’ai délégué la gestion des commandes et la logistique (merci maman !). Cela est loin d’être évident, de confier son “bébé”, mais j’étais en totale confiance grâce à cette procédure écrite. Je n’ai eu qu’à garder un œil à distance sur les mails et la comptabilité, que je faisais moi-même à l’époque. Durant mon congés maternité, j’avais choisi de garder la gestion des commandes mais je savais qu’à tout moment je pouvais déléguer cette partie.

 

Je suis partie sereine, et avec un minimum de travail à gérer. Au final, tout s’est très bien passé et même mieux encore : mon petit business a continué à grandir en mon absence ! Mais pour dire vrai – et vous le savez certainement si vous êtes vous aussi entrepreneur – il est difficile de totalement s’arrêter de travailler dans sa tête. C’est ainsi que pour ma part, je suis revenue à chaque fois avec une nouvelle collection bien définie dans mes bagages !

 

 

S’ABSENTER PEU DE TEMPS (1 mois max)

Cas bien plus fréquent : être indisponible pour quelques jours / semaines. Et oui, on a tous le droit a des vacances, les (auto)entrepreneurs ne font pas exception ! Pour certain, elles se résumeront à quelques jours. Pour d’autres (dont je fais partie), un bon mois s’avère nécessaire pour se ressourcer de temps en temps. A quoi bon être à son compte si on ne dirige pas son temps ?

Mon conseil, bien différent du cas précédent : s’arrêter to-ta-le-ment. Déconnecter. Ne PAS travailler.

Personnellement, je ferme mon atelier-boutique, et met mon e-shop en pause (éventuellement, je le laisse ouvert en précisant que les commandes seront expédiées à mon retour).

Pour autant, je conseille de préparer son arrêt. S’évader, c’est bien et c’est sain, mais ce n’est pas fuir 😉

L’année dernière, je suis partie 1 mois en vacances en Afrique du Sud. Objectif : profiter mais avant tout cela communiquer !

  • 3 semaines avant, j’ai prévenu mes revendeurs, pour leur laisser l’opportunité de passer commande avant mon départ si besoin.
  • 10 jours avant, j’ai envoyé une newsletter à mes abonnés + laissé un post sur mes réseaux sociaux pour les informer de la fermeture de la boutique et de l’e-shop.
  • la veille, j’ai communiqué sur mes réseaux à nouveau, et scotché un joli mot sur ma devanture.
  • durant mon absence : j’ai programmé quelques “reminder” sur mes réseaux, et surtout je n’ai pas oublié de mettre une réponse automatique aux mails informant de ma date de retour et de la marche à suivre en cas “d’urgence” (tout est relatif, on parle de bijoux… mais j’ai réussi à en avoir !). J’ai fait de même sur ma messagerie vocale.

Il n’y avait plus qu’à profiter ! Bien entendu, toutes ces précautions sont à moduler selon le temps d’absence. Pour 2 ou 3 jours, certainement qu’un petit post sur vos réseaux sociaux sera amplement nécessaire 😉

 

FAIRE FACE A UNE INDISPONIBILITÉ IMPRÉVUE et IMPREVISIBLE

Il y a malheureusement bien des raisons pour être indisponible de façon imprévue et pour un temps indéfini. Enfant malade, chômage technique, burn out… Et le plus fréquent, la bête noir de l’entrepreneur : la maladie. Niveau sécurité sociale, c’est le néant. Personne ne vous remplacera, et aucune indemnité (ou si peu) ne sera versée.

Pour ma part, en ce début d’année, j’ai fait une belle accumulation. La grippe a pris possession de ma maison, insidieusement, nous clouant un à un au lit pour de longues journées et de courtes nuits. L’hospitalisation de mon bébé de quelques semaines a fini de nous achever, chamboulant nos journées, notre organisation et notre santé…

Alors dans l’urgence, j’ai dû apprendre à…

  • Lâcher prise. Résister, se frustrer, s’efforcer à travailler coûte que coûte ne sert vraiment à rien. C’est même contre-productif la plupart du temps. J’ai dû revoir mes priorités. Dans mon cas cela ne faisait aucun doute : ma famille d’abord. J’ai en revanche du mal à en faire de même lorsque cela concerne ma propre santé. Enceinte, j’ai parfois tiré un peu trop sur la corde, et j’ai dû ronger mon frein lorsque je me suis retrouvée clouée au lit pour cause de vertiges…

 

  • Communiquer : j’ai de la chance, je travaille avec d’autres personnes qui sont comme moi, à leur compte, et qui donc comprennent bien ce genre de situation. J’ai une clientèle dans la trentaine, souvent des jeunes mamans aussi, des partenaires qui connaissent aussi les aléas de l’entrepreneuriat, des revendeurs compréhensifs. Aussi je n’ai pas hésité à expliquer ma situation et à m’excuser des retards de commandes, des délais dans mes réponses aux mails. A quelques exceptions près, tout le monde a très bien compris la situation. Heureusement pour nous, l’humain est capable d’empathie…

 

  • Me faire épauler : il faut parfois savoir demander de l’aide autour de soi. Le problème avec les imprévus c’est que… ce n’est pas prévu ! #lapalisseestmonami. Impossible donc de laisser quelqu’un d’autre gérer les affaires en cours, ou encore finir ma production. J’ai donc sollicité mon entourage pour m’aider sur d’autres points. Faire garder mon fils, poster les colis en attente, aller chercher du stock à mon atelier, récupérer les clés de la boutique…

 

  • Me mettre en mode “économe” : si “fermer boutique” n’est pas envisageable, il est toujours possible de garder une activité “a minima”. Mon e-shop est resté ouvert, car c’était alors la période des soldes. En revanche, j’ai clairement indiqué ne faire mes envois qu’une fois par semaine, le mardi. Pas de demandes particulières ou de sur-mesure, j’ai fonctionné sur mon stock existant. J’ai gardé la comptabilité pour plus tard et me suis contentée de préparer les commandes le lundi pour les confier à mon conjoint le lendemain, pour les poster.

 

Si je prends du recul aujourd’hui sur ces périodes, qu’elles soient longues, courtes, volontaires ou subies, je me rends compte que chacune de ces absences m’a fait mieux revenir. Oui oui, même après un accouchement, un nourrisson à s’occuper, puis une grippe généralisée… cela m’a permis de passer le temps nécessaire avec mon entourage. J’ai eu l’impression de bien faire, de faire le bon choix, et c’est avec grand plaisir qu’aujourd’hui je reviens à pas de loup dans mon atelier. Je suis contente et motivée devant mon établi. Peut être ne le serais-je pas autant si je ne m’étais pas octroyé ce temps de repos.

En quelques mots, il s’agit surtout de savoir partir pour mieux revenir, non ?

Et vous, quels sont vos conseils, vos craintes, vos façons de faire ?

 

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1 comment

  1. Merci pour ce partage d’expériences. J’aime beaucoup l’organisationnel mis en place lors du voyage de 6 mois (truc qui me semble incroyable au moment de monter une boîte !!). J’espère que le bout de chou va bien maintenant. Cordialement

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